Le halal et le haram dans l'alimentation

Les articles mis en ligne sont tirés de l'ouvrage"La règle de l’alimentation et de l’abattage rituel en Islam"
de l'auteur : Temsamani Chebagouda Abdelhamid

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Préambule

Préambule

    A l’origine de la réglementation alimentaire, il y a la conception et le rôle que l’homme a à jouer sur la terre. S’il est naturellement constitué d’un corps et d’un esprit, il est également constitué d’une âme. S’il est donc fait pour vivre normalement sur terre et en profiter des ressources de celle-ci, il est créé aussi pour vivre sa spiritualité et rendre un culte à Dieu (Exalté soit-Il), et pour donner naissance à un monde humain,  juste et fraternel.

    Dieu dit à Son Prophète dans le Coran « Ils te questionnent (pour savoir) qu’est ce qui a été rendu licite pour eux. Dis : ont été rendu licites pour vous les bonnes choses » V, 4. Les interdits dans le domaine alimentaire, n’ont pas donc comme objectif de priver l’homme, mais au contraire de le protéger en lui révélant ce qui lui cause du tort, qu’il en soit conscient ou pas.

    Ibn Taymiya écrit ainsi que « les choses bonnes, permises à la consommation, sont tout ce qui n’est pas nocif à la santé mentale, ni spirituelle, tandis que les choses mauvaises sont celles qui font du tort à la santé mentale ou à la santé spirituelle » (3).

    Le cheikh Waliyoullah, développant davantage cette idée, écrit pour sa part en substance que, des aliments et boissons que l’Islam a interdit à la consommation, certains sont interdits avec l’objectif de protéger la santé physique et mentale de l’homme : ainsi en est-il des poisons, des enivrants et des stupéfiants.
En somme, l’Islam a interdit au musulman certaines choses ; il lui en a permis ou recommandé d’autres. La question des actes licites ou illicites s’inscrit dans le cadre de la charî‘a, dont l’objectif primordial est l’établissement de la paix parmi les êtres humains, en leur proscrivant de commettre des actes nocifs envers l’individu ou la société, et en leur préconisant toute une série d’œuvres bienfaisantes, de nature à bénéficier l’ensemble de l’humanité.

    L’Islam a en fait permis tout ce dont l’individu peut en tirer profit, et a interdit tout ce qui peut lui porter préjudice, c'est-à-dire toute mauvaise action, fusse-t-elle accomplie de façon  apparente ou cachée : « Dis : Mon Seigneur n’a interdit que les choses immorales, ce qui en parait et ce qui s’en cache, de même que le péché, l’agression injustifiée, que vous associez à Allah ce en quoi Il n’a fait descendre aucune preuve faisant autorité et que vous disiez sur Allah ce que vous ne savez point. » VII, 33.

    Allah est seul habilité à décider de ce qui est licite et de ce qui ne l’est pas, et aucun être humain, quel que soit sa puissance, ou son savoir religieux, ne peut de son propre chef décider de ce qui est permis ou de ce qui est interdit : « Ne dites pas au sujet de ce que vos langues décrivent en pur mensonge : «  Ceci est licite et cela est illicite ! », afin de fabriquer le mensonge sur le compte d’Allah ! Ceux qui fabriquent le mensonge sur le compte d’Allah ne réussissent pas ! «  XVI, 116.

    Et si Allah impose des restrictions dans certains domaines, Il laisse à l’individu une liberté d’action totale dans d’autres domaines, car Allah est l’Unique à savoir ce qui est vraiment bon et ce qui est vraiment mauvais ; et à travers ce qu’Il autorise et ce qu’Il interdit, Allah ne recherche pour les humains que leur salut et leur guidée : n« Allah veut vous alléger (les obligations) car l’homme a été créé faible »IV, 28.

 

Prescriptions et tabous alimentaires

Prescriptions et tabous alimentaires

    Dans quasiment toutes les religions, il y a des aliments permis et des aliments défendus. Pour l’homme religieux on ne mange pas n’importe quoi ni n’importe comment. Le bouddhisme est connu pour son végétarisme. Il interdit de consommer toute viande, car il s’agit de cadavre et parce qu’il est interdit de nuire à tout animal, quel qu’il soit. L’hindouisme des hautes castes est également végétarien, pour les mêmes raisons que le bouddhisme. En Inde, la règle pour les restaurants est de servir de la nourriture végétarienne. Si ce n’est pas le cas, cela est explicitement signalé.

    Le judaïsme prescrit de ne manger que de la nourriture cachère, c’est-à-dire pure. La « cacherout » exclut un certain nombre d’aliment (la viande de porc, la viande d’animaux non rituellement égorgés) ou de combinaisons d’aliments. Ce sont les rabbins qui délivrent aux restaurants juifs le certificat de «  cacherout »

    Les premiers chrétiens (qui étaient d’origine juive, puisque Jésus était juif) suivaient les règles alimentaires juives. Quelques décennies après la mort du Christ, les chrétiens qui étaient alors largement d’origine non-juive (grecque principalement) considérèrent qu’ils n’étaient plus liés par la Loi juive. C’est ainsi que le christianisme est devenu l’une des rares religions du monde à n’avoir pas de code alimentaire. Même le jeûne chrétien (le carême, qui se place dans les semaines avant Pâques) n’a pas la sévérité d’autres jeûnes, comme le ramadan par exemple. Il faut manger « maigre », c’est-à-dire moins que d’habitude et sans viande. Souvent la viande est remplacée par du poisson. Dans les communautés religieuses et dans les familles chrétiennes pieuses les repas sont précédés par une prière spéciale, le «  benedicite », où l’on rend grâces à Dieu pour la nourriture donnée.

    S’il n’y a pas de code alimentaire dans le christianisme, il y a néanmoins des tabous alimentaires non écrits qui sont observés par l’ensemble des populations européennes. On ne mange pas de viande de chien en Europe, alors que c’est le cas en Extrême Orient, notamment en Chine et en Corée.

L'élevage

L’élevage

        L’Islam privilégie cette activité et y incite les gens à la pratiquer. Le Prophète (sur lui la prière et le salut) s’enorgueillit d’avoir été berger en disant : « Tout Messager envoyé par Dieu a été berger ». Les Compagnons lui demandaient si cela était son cas à lui aussi. A quoi, il répondit : « Certes, je faisais paître le troupeau dans les aires (de pacage) des gens de la Mecque. »

   L’élevage fournissait essentiellement le lait « lében » une des deux bases de l’alimentation. Le noble Coran dans la sourate XVI, versets 66 à 68 fait un éloge de ce liquide exquis pour les buveurs :
« Il y a certes un enseignement pour vous dans les bestiaux : Nous vous abreuvons de ce qui est dans leurs ventres (un produit) extrait du (mélange) des excréments (intestinaux) et du sang – un lait pur, délicieux pour les buveurs. Des fruits de palmiers et des vignes, vous retirez une boisson enivrante et un aliment excellent. Il y a vraiment là un signe pour des gens qui raisonnent »

    On buvait surtout du lait de chamelle, secondairement du lait de chèvres et de brebis.

    On en tirait des laitages : le « samn » (beurre fondu) avec lequel on faisait la cuisine ; le « aqit » (fromage de lait aigre); le « djabn » (fromage indéterminé). En général, la consommation de viande était rare, mais d’autant plus appréciée.
On mange surtout, quelque fois engraissé pour la consommation « dâjin » et dont le Prophète (sur lui la prière et le salut) préférait l’épaule et les pattes de devant.

L'agriculture

L’agriculture

    Les richesses naturelles sont la propriété de l’Etat ou de la Communauté (tous les musulmans). Les gens sont incités à mettre en valeur la terre ; celui qui défriche une terre abandonnée, la possédera, mais il en perdra la propriété s’il la laisse à l’abandon. A part l’incitation naturelle économique à cultiver la terre, le fait même de planter est une bonne action : « A tout croyant qui plante quelque chose, tout ce qui en sera mangé par un homme, un animal ou un oiseau lui sera compté comme aumône », disait le Prophète (sur lui la prière et le salut).

    L’Islam incite à la mise en valeur de la terre comme cela est mentionné par le propos où le Prophète (sur lui la prière et la salut) dit : « Celui qui donne vie à une terre, celle-ci lui appartient » ainsi que « Celui qui cultive n’ayant pas de propriétaire est propriétaire dans son acquisition »

    L’Islam veille aussi à ce que les besoins primordiaux soient assurés à l’individu et l’incite même à acquérir plus. Les besoins sont déterminés dans le Coran ainsi : « …Tu n’y aura pas soif ; tu n’y souffriras pas de la chaleur du soleil »  (Coran XX, 119)

    Car ce qui assure la croissance et le maintien en bon état du corps, c’est l’alimentation. Et, l’agriculture fournissait des dattes. C’était presque la nourriture fondamentale. La Mère des croyants ‘Aïcha (que Dieu soit satisfait d’elle) disait : « Quand mourut le Prophète (sur lui la prière et le salut), nous n’étions rassasiés que des deux noirs : les dattes et l’eau ». On les mange sèches « tamr » ou fraîches « ratb ».

    Tous les fruits de la terre et des arbres sont licites. Le Coran dit :
« Puis, mangez de toute espèce de fruits, et suivez les sentiers de votre Seigneur, rendus faciles pour vous. De leur ventre, sort une liqueur, aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour les gens qui réfléchissent » XVI, 69.

« Une preuve pour eux est la terre morte, à laquelle Nous redonnons la vie, et d’où Nous faisons sortir des grains dont ils mangent. Nous y avons mis des jardins de palmiers et de vignes et y avons fait jaillir des sources, afin qu’ils mangent de Ses fruits et de ce que leurs mains ont produit. Ne seront-ils pas reconnaissants ? » XXXXVI, 33-35.

    La consommation de la viande était rare, mais d’autant plus appréciée (1). On semble avoir mangé le mouton quelque fois engraissé auprès de la maison et dont le Prophète (sur lui la prière et le salut) préférait l’épaule et les pattes de devant. (2)

 

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1) Ahmad ibn Hanbal, III, 303
2) al Boukhârî et Ibn Hanbal

L’eau source de nourriture

L’eau source de nourriture

    L’eau est citée 63 fois dans le Coran où elle est classée sous les thèmes :

- L’eau, premier élément existant sur terre : « C’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, - son trône était alors sur l’eau »   (Coran XI, 7) ;

- L’eau est essentielle à toutes les espèces : « …et Nous avons créé, à partir de l’eau, toute chose vivante » (Coran XXI, 30) ;

- L’eau est la cause de la germination de toute chose : « C’est Lui qui, du ciel fait descendre l’eau avec laquelle nous faisons croître la végétation de toute plante… »  (Coran VI, 99) ;

- L’eau est à l’origine de la diversité des végétaux sur la terre ;

- L’eau est un moyen permettant d’assurer son gagne pain. Dieu dit : « De la terre, Il a fait pour vous un lit de repos, et du firmament, un édifice. Il fait descendre du ciel une eau grâce à laquelle il fait surgir des fruits pour assurer votre subsistance »  (Coran II, 22) ;

- L’eau est une ressource potable.

- L’eau source de nourriture. Dieu dit : « Le gibier de la mer et la nourriture qui s’y trouve vous sont permis : c’est une jouissance pour vous et les voyageurs »  (Coran V, 96)

    Le Prophète (sur lui la prière et le salut) a dit : « Les gens sont associés en trois choses : l’eau, le feu et le pâturage. » Donc, elle est en Islam un bien commun d’autant plus que le Coran interdit qu’on gaspille cette denrée comme le spécifie ce verset coranique : « O fils d’Adam ! Portez vos parures en tout lieu de prière. Mangez et buvez ; ne commettez pas d’excès, Dieu n’aime pas ceux qui commettent des excès »  (Coran VII, 31)

    Par ailleurs, Ibn Mâja rapporte d’après Ibn ‘Omar que le Prophète (sur lui la prière et le salut) passait près de Sa‘d ibn AbîWaqqâs alors que celui-ci faisait ses ablutions et lui dit : « Tu gaspilles trop d’eau ! » Sa‘d lui demanda comment on pouvait être excessif dans les ablutions, à quoi le Prophète (sur lui la prière et le salut) répondit : « Certes que si, alors même que tu te trouverais près d’un cours d’eau. »

L’interdiction de la boisson fermentée

L’interdiction de la boisson fermentée

   La boisson fermentée a été interdite à cause de son effet néfaste sur le corps, sur l’esprit, sur la raison, la situation morale, sociale et économique de celui qui en consomme. Elle entraîne l’énivrement, d’où la nécessité d’étendre cet effet désastreux à toutes les autres boissons qui ne dérivent pas essentiellement du raisin. Exemple : le maïs, les dattes, les figues, l’orge ou tout autre oproduit.
L’interdiction qui frappe la boisson fermentée à base de raisin s’étend donc à tout ce qui fermente, à tout ce qui énivre en grande ou petite quantité. Il n’est pas besoin d’insister sur les effets fatals de l’alcoolisme. La science, l’expérience, les statistiques, les ont tous démontrés.

   Physiquement, mentalement, psychologiquement, moralement, socialement, économiquement, le « buveur » se condamne d’avanc, à moyen terme, à long terme, se détruit progressivement sans peut-être sans rendre compte, sans savoir peut être les graves dangers auxquels il s’expose. L’alcoolique peut être conscient de tous cs risques, mais il n’y peur rien. Il est esclave de ses habitudes, des influences exercées sur lui par la fréquentation, l’entourage, le milieu familial et autres facteurs.

    Les manifestations de cette déchéance sont malheureusement nombreuses et variées : dissociation familiale indéniable, déséquilibre dans les conduites parentales, baisse du sens moral, troubles mentaux, actes de violence…

    Plus grave encore est le phénomène génétique, générateur de disposition, de prédispositions chez l’enfant de parents alcooliques.

    Les boissons fermentées comptent comme fautes graves. Elles sont punies par la Loi, par une peine légale qui tend à les proscrire sévèrement. Ces boissons comme on le voit, altèrent et troublent la raison. Elles la détruisent même. Or, la raison doit être protégée au même titre que la vie.

    Toutes les boissons sont permises sauf celles qui énivrent. Les boissons énivrantes sont interdites, en grande ou petite quantité, quelle que soit leur origine. Le Prophète l’avait déjà dit : « Toute boisson enivrante est khamr et tout khamr est illicite.» Le buveur est passible d’une peine de quarante coups, de l’avis de la majorité des foqahas.
La notion de l'alimentation

La notion de l’alimentation 

    Le Noble Coran accorde une portée non négligeable à l’alimentation : on y relève plus d’une centaine de cas de la racine a. k. l, d’où l’on extrait la forme verbale : akala, « manger » et quarante huit cas tm dont on tire le substantif : ta‘âm singulier de at‘ima, qui désigne tout ce qui est mangeable en général, ainsi que tout ce qui sert pour la nourriture tels que : le blé, l’orge et les dattes. Les anciens habitants du Hedjaz et de l’Irak attribuèrent en particulier le terme de « ta‘âm » au blé. On dit : « ta‘ima » la chose « yat‘amouhou » « ta‘man » lorsqu’on l’ingurgite ou on la déguste. Mais, employé dans le sens de « déguster », le terme recouvre toute chose permise pour la consommation et le breuvage (1) tel qu’il en ressort du verset coranique : « Saül se mit à la tête de ses hommes. Il leur parla en ces termes : Le Seigneur va bientôt vous éprouver : vous aurez à traverser une rivière. Celui qui y boira ne sera plus des miens ; celui qui n’en goûtera pas sera des miens… »  (2)

    Selon le dictionnaire « al qâmoûs » : l’alimentation ou « ghidâ’ » en arabe désigne « ce qui assure la croissance et le maintien en bon état du corps » autrement l’alimentation et les aliments.

    Les jurisconsultes invoquent le mot « al ta‘âm » au singulier pour l’expiation (al kaffâra) et le rachat (fidya) tout en insinuant (la subsistance) tels que le blé, le maïs, le riz, les dattes et le lait ; ils l’emploient aussi pour l’usure (al ribâ) en faisant allusion (à l’alimentation des humains) fusse-t-elle employée pour la nourriture tels que le blé et l’eau ; ou les graisses telle que l’huile, ou le dessert telle que la pomme, ou pour la médication telle que graine noire « al habba al sawda »  et le sel.

    Ils emploient également le mot « al at‘ima » pour signifier (tout ce qui est mangeable ou buvable, à l’exception des boissons enivrantes) dénommées par le vocable « al achriba ». Par  ailleurs, l’objet des « at‘ima » notifie tout aliment qui rentre dans le cadre du moubâh (le permis) du makroûh (le répréhensible) du mouharram (l’interdit).

    Le mot « ta‘âm » s’emploie également pour l’eau, tel qu’il en ressort du hadîth d’Ibn ‘Abbâs au sujet du puits de Zamzam : « C’est une alimentation, c’est une nourriture et un remède contre la maladie », autrement dit sa boisson rassasie l’homme comme il se comble par la nourriture.  

    Dans le passé, lorsque les gens du Hedjaz employaient le mot « al ta‘âm », ils désignaient en particulier le blé. Ainsi dans le hadîth d’Aboû Sa‘îd al Khoudrî, il est dit : « Nous prélevions  comme aumône de la rupture du jeûne un sâ‘ (une mesure) de ta‘âm ou d’orge », on insinue ici par ta‘âm, le grain c'est-à-dire le blé en particulier. Pour le pain du froment, le Prophète (sur lui la prière et le salut) et sa famille n’en mangeaient trois jours de suite entre l’hégire et sa mort.

L'emploi du mot ta'âm dans le Coran

L’emploi du mot ta‘âm dans le Coran

 

    Celui qui observera comment le Noble Coran a employé le mot « ta‘âm » (nourriture), il découvrira qu’il l’a utilisé uniquement dans le sens de subsistance. Cette affirmation en découle des versets : « Regarde ta nourriture et ta boisson » II, 259  où établit la différence entre la nourriture et la boisson ; (Nourrissez-vous-en donc, et donnez-en à l’indigent, au pauvre » XXII, 28.

 

     Par ailleurs, celui qui réfléchit sur l’alimentation, il saura qu’il se répartit en quatre volets :

 

  • les vivres : Tout ce dont l’homme se nourrit, aliment, nourriture qui contribue à sustenter le corps de l’homme, s’il se consacre à s’y ravitailler…
  • les condiments : Substance aromatique qui relève la saveur des aliments…
  • les fruits : Agrumes servant à agrémenter la nourriture tels que les pâtisseries, jus. 
  • les médicaments : substances employée pour combattre une maladie.

 

    Enfin, l’impératif « mangez » (kouloû » apparaît vingt six fois : (II, 57, 58, 50, 168, 172 et 187 ; IV, 4 ; V, 4 et 88; VI, 118 et 141-142 ; VII, 31 et 160-161; VIII, 69 ; XVI, 114 ; XX, 54 et 81 ; XXII, 28 et 36 ; XXXIII, 51 ; XXXIV, 15 ; LII, 19 ; LXVII, 15 ; LXIX, 24 ; LXXVII, 43 et 46). Cet impératif est associé au substantif al tayyibât, « les bonnes choses », opposé au substantif al khabâ’ith « les choses immondes ».

L'alimentation revêt une double thématique

L’alimentation revêt une double thématique

 

    Une double thématique est à l’œuvre. La première est théologique :

 

- Les nourritures sont un don de Dieu, une des manifestations de la miséricorde divine pour les êtres humains. Elles sont appelées rizq (II, 22 et 60 ; III, 37 ; XIV, 32…) raisin pour laquelle l’un des Attributs divins est al Razzâq. Ces versets ont fourni en partie le fondement de la doctrine selon laquelle chaque être vivant a sa part de subsistance déjà déterminée et prévue par Dieu.

 

    Sur le plan lexical, rizq désigne une subsistance déterminée « qoût mouqaddar », tantôt un bien (milk), tantôt la nourriture (ghidâ’). Le verset 6 de la sourate 11 stipule qu’ (Il n’y a pas de bête (dâbba) dont la subsistance (rizq) n’incombe à Dieu) et rizq ici ne peut désigner le bien ou la propriété, mais seulement la nourriture.

 

    Le second répertoire est normatif. Ici, le Coran insiste particulièrement sur l’opposition entre licite (halâl) et illicite (harâm). Les croyants ne doivent manger que ce qui est licite, ce qui est tayyib (bon). Certains versets enjoignent donc des interdits alors que d’autres abrogent les interdits préislamiques, juifs (IV, 160-161 ; VI, 146 ; XVI, 118) et arabes (II, 168-173 ; V, 103-104 ; VI, 118-121, 136-140 et 143-144). On relèvera que le Coran souligne moins la prohibition que la permission, parce qu’il vise moins l’instauration des prescriptions négatives que se libérer des interdictions illégitimes.

 

    A maintes reprises, le Coran souligne le fait que les nourritures octroyées par Dieu à l’homme sont bonnes et peuvent être mangées

 

II –Les sources des règles juridiques de l’alimentation

 

    Les différentes règles juridiques relatives à l’alimentation sont puisées du Coran, de la Sunna, du consensus (ijmâ‘), de l’analogie (qiyâs), et enfin de ce qui en résulte de l’effort d’interprétation (ijtihâd).

 

    Celui qui pense à l’alimentation, il constatera qu’il se présente sous quatre aspects :

 

III – L’importance accordée par le Coran à la nourriture

 

    « O gens ! De ce que produit la terre, mangez, ce qui est licite et ce qui est bon » II, 233.

    « Que l’homme considère donc sa nourriture ; c’est Nous qui versons l’eau abondante… » An‘âm, 141.

Le code des aliments

Le code des aliments

    Pourquoi les musulmans s’interdisent-ils de consommer certains animaux ?

    Pourquoi se voyaient-ils obligés, dans certaines circonstances, de s’abstenir de manger quoi que ce soit et même boire ?

    Ces comportements qui jouent tous d’une manière ou d’une autre, sur l’usage rituel de la nourriture sont loin d’être anecdotiques ou d’appartenir à un passé révolu. Les interdits alimentaires musulmans sont à la base de l’alimentation « halâl » que les musulmans respectent toujours partout dans le monde. La réponse à ces différentes interrogations est à chercher dans le Coran et la règle prophétique (Sunna).

    L’une des causes les plus déterminantes de la faible vitalité spirituelle des musulmans tient probablement dans le faite que nous privons notre âme (qui, il ne faut pas l’oublier, constitue le moteur de notre vie religieuse) d’un composant essentiel à son bonheur, qui a besoin d’un « carburant ». Et, ce « carburant », c’est la nourriture halâl comme nous l’indique implicitement un passage du noble Coran. Mais, avant de voir ce que nous dit le Tout Puissant, il est important de rappeler que c’est la nourriture halâl, qui tend à un minimum de cinq critères :

  • Elle est licite en soi, c'est-à-dire qu’elle ne fait pas partie des choses dont la consommation a été condamnée dans nos références, comme le porc, animal qui n’a pas été saigné conformément l’abattage rituel, les carnassiers, les animaux répugnants, les animaux dont la nourriture consiste en des éléments impurs, le sang, l’alcool…
  • Elle ne contient pas d’éléments harâm, comme de la graisse provenant d’animaux non sacrifiés rituellement ;
  • Elle n’a pas été contaminée par des éléments harâm, comme c’est le cas par exemple des viennoiseries qui sont cuites dans un plateau graissé avec du saindoux.
  • Elle n’a pas été obtenue par un moyen illicite (elle n’a pas été prise sans la permission de son propriétaire légitime par exemple)
  • Elle n’a pas été acquise avec de l’argent obtenu de façon condamnable.

 

    C’est donc ce genre de nourriture qui est essentiel à l’activité spirituelle du musulman. En effet, dans la sourate « al Mou’minoûn », Dieu (Exalté soit-Il) dit : « O Messager ! Manger de ce qui est bon [c'est-à-dire de ce qui est licite et agréable] et faîtes du bien » XXIII, 51.

    Des exégètes du Coran ont très pertinemment souligné que cette liaison entre l’exhortation de manger de choses pures et saines (c'est-à-dire halâl) et celle d’accomplir des bonnes actions indique que le respect du premier devoir apporte une aide considérable pour celui du seconde.

    Et force est de reconnaître que c’est là une de nos grandes faiblesses actuellement : si nous prenons le temps d’analyser de façon objective la nature de ce que nous mettons dans notre assiette et notre verre ou la provenance des sommes avec lesquelles nous nous achetons de la nourriture, il y a de fortes chances que l’on finisse par constater qu’une bonne proportion de ce que nous consommons consiste en des éléments de harâm en soi ou qui ont été acquis avec de l’argent qui n’est pas très « clair » Ce qui fait que nous agissons un peu comme celui qui remplit le réservoir à essence de son véhicule d’huile de cuisson et qui s’étonne ensuite que sa voiture ne démarre pas…

    Mais le plus grave, c’est que la consommation illicite ne limite pas seulement notre capacité d’accomplir des œuvres pies : elle peut aussi mettre en péril les bonnes actions que nous pouvons accomplir. Dans un hadîth, le Prophète (sur lui la prière et le salut) a mis sa communauté en garde contre les effets dévastateurs des éléments harâm sur les invocations : « Certes, Dieu est Bon et Il n’agréé que ce qui est bon. Et Allah a ordonné aux croyants la même chose qu’il a imposée aux MessagersIl (Exalté soit-Il) dit : « O Messagers ! Mangez de ce qui est sain et agréable et faîtes le bien ». Et Il (Exalté soit-Il) dit : « O vous qui avez cru ! Mangez des bonnes choses (licites) que nous vous avons données) Puis, il (sur lui la prière et le salut) a évoqué (la condition de) de cet homme qui effectue un long voyage, qui a les cheveux ébouriffés, est couvert de poussière et a les mains tendus vers le ciel en implorant : « O mon Seigneur ! O mon Seigneur ! « Mais sa nourriture, sa boisson, ses vêtements sont illicites et il a été nourri également avec de l’illicite…Comment donc (dans ces conditions ses invocations) pourraient-ils être acceptés ? » (3)

    Pire encore : En sus de nous éloigner de la voie conduisant au succès éternel dans l’Au-delà, la régularité du harâm dans notre organisme peut également nous accorder un terrible « avantage », à savoir l’obtention d’un accès privilégié pour le l’Enfer. A ce propos, le Prophète (sur lui la prière et la salut) disait à un compagnon (que Dieu soit satisfait de lui) : « O Ka‘b ibn ‘Oujra ! Toute chair qui se développe en étant alimenté par le harâm mérite avant tout le Feu » (4)

    Il est donc plus qu’urgent que nous fassions de patents efforts pour nous assurer que notre consommation répond aux exigences du halâl. Effectivement, au niveau de l’alimentation, cela suppose avant tout que l’on s’abstienne de deux comportements :

1 - La longanimité et la bienveillance qui font que, sous le moindre prétexte et en faisant abstraction de la rigueur la plus élémentaire, on se laisse à consommer des choses dont l’établissement du caractère licite pose de sérieux problèmes. Il suffit par exemple qu’un logo comportant le terme halâl soit affiché sur l’emballage d’une viande dans une grande surface pour que l’on se sente en confiance et que l’on se mette à consommer celle-ci, alors que, au fond on ne connait au juste rien sur l’origine, la vraisemblance et la vraisemblance du logo en question. Dans ce cas, le musulman doit de s’abstenir de tout ce qui est douteux de façon générale. En ce qui concerne cette viande, le Prophète (sur lui la prière et le salut) a présenté un principe infaillible : une fois un Compagnon qui avait l’habitude de chasser des animaux, lui posa la question suivante : « Il arrive (parfois) que je lance mon chien (de chasse pour saisir une proie) mais je trouve un autre chien avec lui et que je ne sache pas lequel des deux a tué l’animal (Puis-je consommé celui-ci ?) » Le Prophète (sur lui la prière et le salut) lui répondit alors : « Tu ne dois pas manger de cet animal : car tu as prononcé le nom d’Allah en lançant ton chien et pas l’autre chien » (5)

    On doit ici évoquer un argument qui est souvent invoqué pour justifier le fait que le doute ne doit pas constituer un obstacle au niveau de la consommation. Par ailleurs, il y a un hadîth authentique transmis par la Mère des croyants ‘Aïcha (que Dieu soit satisfait d’elle), qui relate que les Compagnons vinrent au près et le questionnèrent en ces termes : « Des gens nous apportent de la viande (mais) nous ne savons pas s’ils ont prononcé le nom de Dieu sur l’animal ou non. (Pouvons-nous consommer ce qu’ils nous offrent ? » Le Prophète (sur lui la prière et le salut) leur répondit : « Vous, prononcez le nom de Dieu et mangez ! » (6)

    Certains se référent à ce hadîth pour soutenir, même dans le cas où un musulman ne sait pas si la viande qui lui est proposé a été abattue rituellement, il peut la consommer ; il lui suffit pour ce cas de prononcer le nom de Dieu avant de manger… Cet argument, apparemment convaincant, ne tient cependant pas face à l’analyse : en effet, la suite de l’énoncé de ce hadîth indique clairement que ces propos du Prophète (sur lui la prière et le salut) avaient été tenus dans un contexte bien précis ; les gens dont il est question venaient de se convertir à l’Islam : ainsi, ils étaient musulmans. Et la viande qu’ils avaient offerte devait être considérée licite.

2- De l’autre côté, il ne faut pas adopte un rigorisme  outré, et de taxer de harâm toute chose. Ainsi, on ne peut remettre en question le caractère halâl d’un aliment sur la base de simples hypothèses, de suppositions…non appuyées sur des preuves. Néanmoins, il est tout aussi grave de déclarer licite ce qui est interdit, que de déclarer harâm ce qui est halâl.

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  • 1) Lisân al ‘Arab
  • 2) Coran II, 249
  • 3) Rapporté par Moslim
  • 4) Rapporté par al Tirmidî
  • 5) Rapporté par al Boukhârî
  • 6) Rapporté par al Boukhârî
L’alimentation dans le séjour paradisiaque

L’alimentation dans le séjour paradisiaque

    Il est dit dans le Coran : « Ceux qui auront craint le Seigneur seront parmi les ombrages et les sources et auront les fruits qu’ils désirent »

    Il leur sera dit : « Mangez et buvez en paix en récompense de ce que vous faisiez »  LXXVII, 41-44

    Le séjour paradisiaque est une promesse de bonheur et parmi les paraboles destinées à concrétiser grossièrement pour l’entendement humain la félicité attendue, les aliments et les boissons les plus agréables seront la récompense des élus. Les herbes amères et l’eau brûlante réservées aux séjours infernaux laissent place ici à des jardins où : « Les ombrages les couvriront de près, des fruits inclinés bien bas seront à portée de leurs mains, et l’on fera circuler parmi eux les récipients d’argent et des coupes cristallines…
… et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson très pure » LXXVI, 14-15

   Dans le séjour de pureté toute alimentation, toute boisson sera bonne et licite et ce n’est qu’au séjour terrestre, éphémère que le croyant doit s’attacher à ne consommer que ce qui est permis, licite (halal) et purifié par le nom de Dieu.

    Le croyant doit s’attacher à ne consommer que ce qui est permis. Dans le séjour de pureté toute alimentation, toute boisson sera bonne et licite, et ce n’est qu’au séjour terrestre éphémère que le croyant doit s’attacher à ne consommer que ce qui est permis, licite et purifié par le nom de Dieu.

A – La nourriture selon le Coran

A – La nourriture selon le Coran

    La nourriture est un élément nécessaire et utile pour l’accomplissement de la mission de l’homme dans la vie ; le noble Coran dit à ce propos : « Que l’homme considère donc sa nourriture : c’est Nous qui versons l’eau abondante, puis Nous fendons la terre par fissures et y faisons pousser grains, vignobles et légumes, oliviers et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages pour votre jouissance vous et vos bestiaux »
« Dis : « Je ne trouve rien, en ce que Dieu m’a révélé, dont il soit interdit de se nourrir, à part la bête morte, le sang répandu et la viande de porc – car ce serait une impureté – ainsi que toute chair provenant d’un sacrifice aux faux dieux » VI, 145

    Il est dit également dans une autre sourate : « C’est Lui qui vous soumis la terre, parcourez donc ses grandes étendues. Mangez de ce qu’Il vous fournit. Vers Lui est la résurrection »

    Dieu a créé la terre à l’intention des hommes, des subsistances, afin qu’ils se nourrissent de la végétation, des grains et des fruits de la terre, ainsi que de la chair des animaux qui vivent sur terre et de ceux de la mer et des fleuves : « Nous y avons placé des aliments pour vous et pour ceux que vous ne nourrissez pas »

Les nourritures sont un don de Dieu, un des manifestations de la miséricorde divine pour les humains. Elles sont appelées « al rizq » (II, 22 et 60 ; III, 37 ; XIV, 32) Cette doctrine a pour fondement : chaque être vivant a sa part de subsistance déjà déterminée et prévue par Dieu.

    En fait, le Coran accorde donc une importance non négligeable à l’alimentation : il existe plus d’une centaine d’occurrences de la racine a.k.l d’où l’on tire la forme verbale akala « manger » et 48 occurrences de la racine t’m dont on tire le substantif ta‘âm « nourriture ». Enfin, l’impératif « mangez » (kouloû) apparaît à 28 reprises (II, 57, 58, 60, 168, 172 et 187 ; IV, 4 ; V, 4 et 88 ; VI, 118 et 141-142 ; VII, 31 et 160-161 ; VIII, 69 ; XVI, 114 ; XX, 54et 81 ; XXII, 28 et 77 ; XLII, 46) Cet impératif est associé au substantif « al tayyibât » (les bonnes choses).

    Dieu créa sur terre les bêtes de somme et des troupeaux pour que les humains en profitent sans avoir à les entretenir, car les bêtes se nourrissent de ce que Dieu fait pousser. C’est là une grande faveur de Dieu sur les hommes, bienfaits accordés par Dieu aux humains :
« C’est Allah qui vous a assigné la terre comme demeure stable et le ciel comme toit et vous a donné votre forme, et quelle belle forme Il  vous a donné ! et vous a nourri de bonnes choses. Tel est Allah, votre Seigneur ; gloire à Allah, Seigneur de l’univers ! »

et « Mangez donc de ce que Allah vus a attribué de licite et de bon. Et soyez reconnaissants pour les bienfaits d’Allah, si c’est Lui que vous adorez. Il vous a, en effet interdit (la chair) de la bête morte… »
et « Ne dîtes pas : « Ceci est licite » et « cela est interdit » à moins qu’Il ne vous soit interdit ou rendu licite par Dieu et son Prophète ».
Le Coran accorde une importance non négligeable à l’alimentation : il existe plus d’une centaine d’occurrences de la racine a.k.l d’où l’on tire la forme verbale akala « manger » et 48 occurrences de la racine t’me, dont on tire le substantif « mangez » (kouloû) apparaît à 28 reprises : II, 57, 58, 60, 168, 172 et 187 ; IV, 4 ; V, 4 et 88 ; VI, 118 et 141-142 ; VII, 31, 160-161 ; VIII, 69 ; XVI, 114 ; XX, 54 et 81 ; XXII, 28 et 36 ; XXIII, 51 ; XXXIV, 15 ; XLII, 19 ; LXVII, 15 ; LXIX, 21 ; LXXVII, 43-46. Cet impératif est associé au substantif « al tayyibât » opposés aux « khabâ’ith » (les choses immondes).

    Ainsi, la Révélation déclare licite (halâl), les bonnes nourritures « tayyibât » et illicite (harâm) les immondes « khabâ’ïth ». Le Coran insiste surtout sur le caractère bénéfique en général de l’alimentation. : (1) « O les croyants ! Mangez des (nourritures) licites que Nous vous avons attribuées. Et remerciez Allah, si c’est Lui que vous adorez »

   Toute alimentation d’origine non animale est halâl, excepté les produits enivrants comme les vins, les produits nocifs comme les poisons, les produits hallucinants comme les drogues, les souillures comme le sang et les produits contenant l’un de ces derniers comme additif, même en petites quantités.

    En guise d’introduction, je commencerai par le traitement des facteurs qui ont déterminé la réglementation alimentaire du Prophète (sur lui la prière et la salut).

B – La nourriture selon la Sunna

B – La nourriture selon la Sunna

    La Sunna aussi renferme un nombre de hadîths qui élucident sur la licéité de certains aliments et la prohibition d’autres. On y trouve également des hadîth qui interdisent de tuer certains animaux ou qui recommandent de tuer d’autres. Les foqahas se réfèrent à cette source pour statuer sur l’interdiction.

Bref aperçu sur l’alimentation du Prophète
(sur lui la prière et la salut)

    Pour le pain de froment, jamais le Prophète (sur lui la prière et le salut) et sa famille n’en mangèrent trois jours de suite entre l’hégire et sa mort. On mangeait le pain avec un condiment « idâm » qui était pauvre. Le Prophète (sur lui la prière et le salut) déclarait le vinaigre comme meilleur des condiments.

   On mangeait aussi des  légumes. Et parmi les « bouqoûls » (herbes) le Prophète (sur lui la prière et le salut) préférait la « hindbâ’ » (chicorée). Il appréciait aussi des bettes « silk » ; le « qar‘» les courges, le concombre.

    Le poireau est défendu sans être pour cela harâm.  De même que l’ail et l’oignon crus. On mangeait aussi des olives (Coran VI, 141) et le « djoummar » (moelle de palmier). Comme fruits, on mange la grenade (Coran VI, 99), le raisin (Coran VI, 141).

    La cuisine est simple et se réalisait par des combinaisons d’aliments. On cite le « tarîd » (plats de pain émietté et trompé dans un bouillon de viandes et de légumes ; et le « hays », mélange de dattes, de beurre et de lait tous deux parmi les aliments préférés du Prophète (sur lui la prière et le salut).

    On fait beaucoup de bouillon, « maraq » où la Sunna prescrit de mettre beaucoup d’eau pour en donner aux voisins. On trouve cités pourtant le camphre et le gingembre (Coran LXXVI, 5 et 7), le clou de girofle, le poivre.

C – Quant au consensus - qui est l’accord unanime de la communauté – il consiste à statuer sur licité de certains aliments tels  les bestiaux (camélidés, bovins et ovins), et sur l’interdiction d’autres tels que le porc et les aliments toxiques.

D – L’analogie (le qiyâs) consiste à établir la relation de certains animaux qui ne se trouvaient pas dans l’Arabie avec d’autres dont les Arabes avaient savourés ou récusés. Dans ce cas, certains savants statuent sur la licéité de la première catégorie et la prohibition de la seconde.

E – En ce qui concerne l’argumentation sur la base des règles de l’interprétation, on  recourt à la règle de raisonnement par voie de reproduction (tawâlloud) tel le dire de certains juristes :  le produit issu de ce qui est comestible et non comestible suit la mère ;  la formulation d’autres qui estiment qu’on devrait suivre le plus vil des espèces et enfin d’autres qui préconisent que le produit est un genre unique par  conséquence on ne devrait suivre ni la première solution ni la seconde, mais il faudrait statuer sur sa licité ou sa prohibition suivant d’autres preuves (exemple du mulet).
Et, il se pourrait que l’argumentation soit basée sur le fondement : « Tout ce qui n’est pas interdit par un texte, est licite à l’origine » conformément à la parole de Dieu : « C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur terre »  II, 29. (2).

Bref aperçu sur l’alimentation du Prophète Paix sur lui

    Pour le pain de froment, jamais le Prophète (sur lui la prière et le salut) et sa famille n’en mangèrent trois jours de suite entre l’hégire et sa mort. On mangeait le pain avec un condiment « idâm » qui était pauvre. Le Prophète (sur lui la prière et le salut) déclarait le vinaigre comme meilleur des condiments.

   On mangeait aussi des  légumes. Et parmi les « bouqoûls » (herbes) le Prophète (sur lui la prière et le salut) préférait la « hindbâ’ » (chicorée). Il appréciait aussi des bettes « silk » ; le « qar‘» les courges, le concombre.

    Le poireau est défendu sans être pour cela harâm.  De même que l’ail et l’oignon crus. On mangeait aussi des olives (Coran VI, 141) et le « djoummar » (moelle de palmier). Comme fruits, on mange la grenade (Coran VI, 99), le raisin (Coran VI, 141).

    La cuisine est simple et se réalisait par des combinaisons d’aliments. On cite le « tarîd » (plats de pain émietté et trompé dans un bouillon de viandes et de légumes ; et le « hays », mélange de dattes, de beurre et de lait tous deux parmi les aliments préférés du Prophète (sur lui la prière et le salut).

    On fait beaucoup de bouillon, « maraq » où la Sunna prescrit de mettre beaucoup d’eau pour en donner aux voisins. On trouve cités pourtant le camphre et le gingembre (Coran LXXVI, 5 et 7), le clou de girofle, le poivre.

C – Quant au consensus - qui est l’accord unanime de la communauté – il consiste à statuer sur licité de certains aliments tels  les bestiaux (camélidés, bovins et ovins), et sur l’interdiction d’autres tels que le porc et les aliments toxiques.

D – L’analogie (le qiyâs) consiste à établir la relation de certains animaux qui ne se trouvaient pas dans l’Arabie avec d’autres dont les Arabes avaient savourés ou récusés. Dans ce cas, certains savants statuent sur la licéité de la première catégorie et la prohibition de la seconde.

E – En ce qui concerne l’argumentation sur la base des règles de l’interprétation, on  recourt à la règle de raisonnement par voie de reproduction (tawâlloud) tel le dire de certains juristes :  le produit issu de ce qui est comestible et non comestible suit la mère ;  la formulation d’autres qui estiment qu’on devrait suivre le plus vil des espèces et enfin d’autres qui préconisent que le produit est un genre unique par  conséquence on ne devrait suivre ni la première solution ni la seconde, mais il faudrait statuer sur sa licité ou sa prohibition suivant d’autres preuves (exemple du mulet).
Et, il se pourrait que l’argumentation soit basée sur le fondement : « Tout ce qui n’est pas interdit par un texte, est licite à l’origine » conformément à la parole de Dieu : « C’est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur terre »  II, 29. (2).

La réglementation alimentaire

    A l’origine de la réglementation alimentaire, il y a la conception de l’homme et du rôle qu’il a joué sur terre. S’il est naturellement constitué d’un corps et d’un esprit, il est également constitué d’une âme. S’il est donc fait pour vivre normalement sur terre et profiter des ressources de celles-ci, il est fait également pour vivre sa spiritualité et rendre un culte à Dieu, et pour donner naissance à un monde humain juste et fraternel. A celui qui accepte cette conception des choses en embrassant l’Islam, les sources musulmanes enseignent qu’il a le droit de tirer profit de toutes les ressources de la terre, mais qu’il a le droit, pour ce faire, de prendre en compte les autres aspects  de son être. C’est dans ce cadre que se comprend la réglementation alimentaire.

    Dieu (Exalté) dit à Son Envoyé (sur lui la prière et la salut) dans le Coran : « Ils te questionnent qu’est-ce qui a été rendu licite pour eux. Dis : « Ont été rendu licites pour vous les bonnes choses… » V, 4, et « Le Prophète déclare licite pour eux les bonnes choses, et déclare illicites pour eux les mauvaises choses » VII, 157.

    Les sources de la législation ont détaillé les aliments et les boissons qui sont illicites, tous les autres bénéficiant de la règle de la licité. Les règles de ces sources entendent donc expliciter qu’est-ce qui fait partie des « choses » pour l’homme. Les « choses mauvaises » sont ce qui nuit à la santé humaine. Qu’il s’agisse de la santé physique, de la santé mentale ou de la santé spirituelle.
Les interdits dans le domaine alimentaire – comme dans les autres domaines – n’ont pas donc comme objectifs de priver l’homme, mais au contraire de le protéger, en lui révélant ce qui cause du tort, qu’il en soit conscient ou pas. Ibn Taymiya écrit à ce propos : « Les choses bonnes, permises à la consommation, sont tout ce qui n’est pas nocif à la santé mentale ni spirituelle, tandis que les choses mauvaises sont celles qui font du tort à la santé mentale ou à la santé spirituelle » (3)

    Châh Waliyoullâh, développant davantage cette idée, écrit pour sa part en substance que, les aliments et boissons que l’Islam a interdits à la consommation, certains sont interdits avec l’objectif de protéger la santé physique et mentale de l’homme : ainsi en est-il des poisons, des enivrants et des stupéfiants. D’autres aliments et boissons sont quant à eux interdits avec l’objectif de protéger la santé spirituelle de l’homme. En effet, voulant non seulement le bien de l’homme sur le plan physique et mental mais aussi sur le plan spirituel, l’Islam enseigne qu’il existe certains aliments qui sont certes profitables à l’homme sur le plan physique, mais qui lui sont dommageables sur le plan spirituel. Ces aliments laissent en effet négatif sur l’âme de l’homme, que celui-ci en soit toujours conscient ou pas.
Le classement des aliments

L’homme, omnivore par nature, a la liberté de choisir ce qu’il mange et ce qu’il ne mange pas. Mais, cette frontière entre le combustible et le non combustible n’est pas que biologique. Elle est aussi cultuelle, cette dimension incluant éventuellement une part religieuse. Chaque communauté opère une classification du monde du vivant, en particulier du monde animal en fonction de ses prescriptions.

    Le cadre de l’alimentation du musulman est donné par les textes qui définissent les interdits alimentaires. La majeure partie de ces interdits alimentaires ont trait aux produits carnés.

    Les textes qui définissent ce qui est licite (halâl), et ce qui est illicite, (harâm), en matière d’alimentation se trouvent dans le Coran, les hadîths et certains ouvrages de droit islamique. Une parole du, Prophète (sur lui la prière et le salut) résume le cadre légal qui réglemente la vie quotidienne des musulmans : « Le licite est bien évident et l’interdit est bien évident. Entre les deux se trouvent des choses équivoques »

    Les savants sont d’accord sur un principe : entre le licite et l’illicite, c’est le licite qui est posé comme premier, la permissivité étant l’attitude de base des textes coraniques. A l’appui de ce principe, un verset du Coran affirme : « Aujourd’hui les bonnes choses vous sont licites » V, 7, et le hadîth : « Les choses sont permises à moins qu’elles n’aient été expressément interdites », l’interdiction ne concernant que les choses impures et nuisibles, donc dangereuses pour le musulman qui les consomme : toute chose dont la nocivité est plus grande que l’utilité est interdite et toute chose dont l’utilité est plus grande que la nocivité est licite. (4)
Un autre principe est que « la nécessité lève l’interdiction » car Dieu a permis au musulman dont la vie est en danger de consommer des aliments interdits à condition qu’il n’en abuse pas.
Les écoles juridiques classent les aliments en différentes catégories :

  • halâl (licite, aliment qu’on consommer) ;
  • harâm (illicite, interdit de le consommer) ;
  • moubâh (permis, sa consommation est laissée au choix de la personne)
  • makroûh (réprouvable, bien que non interdit, il est préférable de ne pas en consommer)

 

    Mais le principe est la licéité, sans le gaspillage. Dieu (Exalté soit-Il) a mis à la disposition de l’homme tous les animaux et tous les fruits de la terre pour qu’il puisse s’en servir. Néanmoins, il doit éviter le gaspillage.

 

 

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1) Quand on parle d’aliments et de boissons on entend souvent l’emploi des deux mots halâl et harâm. Le premier est un mot arabe signifiant légitime ou permis. L’opposé de halâl est harâm, qui signifie illicite et interdit. Ces deux termes s’appliquent à toutes les facettes de vie
2) Dans son opuscule intitulé « Alimentation et Islam, les interdits » Dalîl Boubker, recteur de l’Institut musulman de la grande mosquée de Paris souligne la règle générale s’appliquant aux musulmans concernant l’alimentation : « le croyant doit s’attacher à ne consommer que ce qui est permis, licite (halâl)  et purifié par le nom de Dieu » S’il est bien connu que la consommation du  porc est interdite en Islam, bien d’autres espèces sont tout aussi prohibés.
3) al hasana wal siyi’a p.
4) al Qaradâwî.
5) La première des controverses sur la ibâha a porté sur la question de savoir si la consommation d’alimentation que la révélation n’a pas expresémment interdite, doit être considéré comme permise ou non. Un hadîth rapporté par Aboû Dawoûd chaitre de l’alimentation dit : « Les païens avaient l’habitude de manger de certaines choses et de s’abstenir d’autres parce qu’ils les considéraient comme impures, maintenant Allah a envoyé Son Prophète, a révélé Son Livre et a déclaré permis ce qui est permis et défendu ce qui défendu ; en conséquence, ce qu’Il a déclaré défendu est défendu et ce qu’Il n’a rien dit est une concession licite » puis, il la lu : « Je ne trouve dans ce qui m’a été révélé, rien de défendu » VI, 145. En outre le Coran VII, 31 est considéré comme impliquant que toute nourriture ou boisson qui n’a pas été explicitement défendue, est permise.

 

DEUXIEME CHAPITRE: La classification des aliments

La classification des aliments

     Les aliments se répartissent «en deux variétés : végétales et animales ». Les aliments végétaux comme les légumes, les fruits, les solides et les liquides sont de nature combustible licite sauf s’ils ne comportent pas une souillure ou une nuisance à la santé.

    Quant aux aliments de provenance animal, ils se répartissent à leur tour en deux groupes principaux : les animaux aquatiques (ceux qui vivent dans l’eau fusse-t-elle douce ou salée) et les animaux terrestres (ceux qui vivent sur terre). L’origine dans l’animal terrestre est la licéité (ibâha) tant qu’il n’existe pas de preuve pour l’interdiction de sa consommation. Aussi, les animaux terrestres se répartissent en deux groupes : les animaux domestiques comme le bétail (chameau, vache, mouton, lapin, volaille) et les animaux sauvages comme la gazelle, le lièvre, l’autruche ….
Par ailleurs, chacune des deux espèces, inclut des variétés comestibles et d’autres immangeables.

I – Les animaux comestibles 

Les variétés comestibles se divisent en :
1 – en animaux licites (moubâh) et réprouvés (makroûh) ;
2 – en animaux qui sont rendus licites par l’abattage et d’autres dont la consommation ne requiert point le sacrifice.

    Le terme « animal » désigne ici toutes les espèces dont la consommation est, soit permise ou interdite à l’homme dans le cadre de la législation. Mais, il ne signifie aucunement l'implication l’homme en soi-même pour l’homme, puisque le propos ici est réduit à ce qui est permis ou interdit à l’homme, sachant que tout ce qui est autre que l’homme a été créé par Dieu pour son avantage et son bien être.

L’animal sain

C’est un animal vivant licite (halâl) nourri par une alimentation saine, sans anabolisant ou autre produit néfaste «à la santé humaine, et naturelle sans apport protéique animal (farine de sang, de viande, d’os, de poisson…) telle qu’une poule nourrie à la farine de viande est considérée comme un oiseau rapace au même tigre qu’un aigle.

    Quant à l’homme en soi-même - le plus noble de toute la créature, Dieu a mis son service la création à l’exception de ses semblables – sa viande n’est pas impliquée dans la notion de l’alimentation ni dans sa répartition en licite et en illicite, en raison de sa dignité au regard de la législation islamique, et ce sans distinction entre sa race, sa couleur, sa religion ou son milieu. Donc, la prohibition de sa viande pour ses congénères est connue obligeamment par la religion.  (1)

    C’est pour cette raison que les juristes ne font nullement allusion à la prohibition de la viande humaine dans les chapitres relatifs à l’alimentation, à l’exception d’Ibn Hazm qui a soulevé cette question en formulant :

« En ce qui concerne la viande humaine, Dieu a dit : « Un d’entre vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Non, vous en auriez horreur » (2). Certes, cette métaphore manifeste clairement la répugnance qui en découle d’un tel acte, puisque le Prophète (sur lui la prière et la salut) avait ordonné d’inhumer tout cadavre fusse-t-il d’un incroyant. (3) et ce à cause de la  dignité humaine assurée par la parole de Dieu : « Nous avons ennobli les fils d’Adam »  (4)

Intoxications alimentaires

    Elles ont lieu lorsque les aliments contiennent des microbes, agents de maladies ou des produits naturels, chimiques produisant un empoisonnement du corps et par conséquent des troubles graves essentiellement aux niveaux gastrique et intestinal après sa consommation.

    L’Islam considère l’empoisonnement délibéré de la nourriture par n’importe quel produit toxique comme faisant partie de la déprédation que Dieu (Exalté soit-Il) a interdite : « Mangez et buvez des biens que Dieu vous a accordés ; n’usez pas de violence sur la terre, en la corrompant »  (Coran II, 60)

    Le verset interdit la dégradation après la permission donnée aux hommes d’acquérir ce que Dieu a mis à leur disposition. Bien que la dégradation dans ce verset comporte les notions d’injustice et d’excès le fait d’empoisonner le boire et le manger en fait également partie. Certes, il n’est pas plus grande injustice et plus grand péché que de tuer un être sans raison, comme le dit Dieu dans ce verset : « Voilà pourquoi nous avons prescrit aux fils d’Israël : Celui qui a tué un homme qui lui-même n’a pas tué, ou qui n’a pas commis de violence sur la terre, est considéré comme s’il avait tué tous les hommes ; et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes »  (Coran V, 32)

La règle première est la permission

Comment peut-on dire que, dans le domaine non purement cultuel, la règle originelle est la permission tant qu’on ne dispose pas d’une preuve du contraire. Quelle est la preuve  à cet effet ?

    D’abord, le Coran : « Il est Celui qui a créé pour vous tout ce qu’il y a sur la terre » II, 29. Le discours est clair : ce qu’il y a sur la terre s’offre à l’utilisation humaine. Puis, en réprobation aux propos des polythéistes de la Mecque, le Coran dit : « Voyez-vous ce que Dieu fait descendre pour vous de subsistance, dont vous avez ensuite décrété une partie licite et (une partie) illicite, dis : « Est-ce Dieu vous en a donné la permission ou bien inventez-vous des choses à propos de Dieu » X, 59.

    Puis, la Sunna : Le Prophète (sur lui la prière et le salut) en a parlé ainsi : « Ce que Dieu a déclaré licite dans Son Livre est licite ; et ce qu’Il a déclaré illicite est illicite ; et ce au sujet de quoi Il n’a rien dit est (chose sur quoi Il a) passé « wa mâ sakata ‘anhou fawouwa ‘afw », tenez-vous en donc au fait que Dieu a passé (sur cela), car Dieu n’en était pas à oublier » (5).

    Interrogé au sujet de (la licité) du beurre fondu, du fromage, le Prophète (sur lui la prière et le salut) fit cette réponse : « Le licite est ce que Dieu a (explicitement) déclaré licite dans Son Livre et l’illicite est ce qu’Il a déclaré illicite dans Son Livre. Quant à ce au sujet de quoi Il n’a rien dit, c’est chose sur quoi Il a passé » (6).
Il est également relaté que le Prophète (sur lui la prière et le salut) a dit : « Dieu a fixé des obligations, ne les négligez pas ; Il a tracé des limites, ne les franchissez pas ; Il a déclaré certaines choses interdites, ne les faîtes pas ; et Il n’a rien dit au sujet de certaines choses par miséricorde pour vous, ne posez pas de questions à leur sujet » (7).

    « Ce que Dieu a déclaré illicite dans Son Livre », soit le Coran l’a explicitement déclaré illicite, soit c’est la Sunna qui l’a déclaré illicite, ce qui revient au Coran puisque celui-ci renvoie explicitement à la Sunna comme étant une référence complémentaire.

    Qu’une chose ou qu’une action soit passée sous silence « maskoût ‘anhou », c'est-à-dire que Dieu et Son Envoyé (sur lui la prière et le salut) n’ont rien décrété à son sujet, relève du domaine du ‘afw (miséricorde). (8).

    Ce principe de la licité originelle ne concerne pas que les aliments, mais également les coutumes (seuls font exception les moyens d’adoration) Ibn Taymiya écrit : « Les activités humaines, qu’elles soient paroles ou actions, sont de deux catégories : les actes relevant du domaine des ‘ibâdât (…) et les actes relevant de celui des ‘adât. (…) Par induction des principes des sources musulmanes, nous savons que  les actes relevant des adât, il s’agit de ce les hommes ont pris l’habitude de faire dans leurs affaires du monde, de ce dont ils ont besoin. Et, ici la règle est la permission : on ne peut donc interdire que ce que Dieu a interdit, et rendre obligatoire ou interdit relève de la Législation de Dieu ; or la façon d’adorer Dieu doit avoir été enseignée par Dieu. Dès lors, ce à propos de quoi Dieu n’a rien enseigné, comment pourrait-on dire que cela est interdit ? C’est pourquoi Ahmad et les autres foqahas parmi les Ahl al Hadîth disaient : « La règle pour ce qui relève des ibâdât est de s’en tenir à ce qui a été spécifié dans les sources, et seul ce que Dieu a spécifié est légal (...) Et la règle pour ce qui appartient au domaine des ‘adât est la permission, et on ne peut interdire que ce Dieu a interdit. (…) Ceci est un principe important. »

   Tous les produits d’origine minérale et végétale, ainsi que les produits liquides en général, sont permis à la consommation, exception faite de tout ce qui cause du tort au corps, et de tout ce qui est enivrant, et de tout ce dans quoi se qui est rituellement impur (najis) s’est trouvé mélangé sans changement de nature (istihâla)

Le principe est la licéité sans gaspillage. Le licite et l’illicite

Le principe est la licéité sans gaspillage

    Dieu (Exalté soit-Il) a mis à la disposition des êtres humains tous les animaux et tous les fruits de la terre pour qu’il puisse s’en servir. Mais, il doit éviter le gaspillage conformément aux versets suivants :
« Mangez et buvez de ce que vous a attribué Allah » II, 60.
« Hommes ! Mangez ce qui est licite et bon parmi ce qui est sur la terre » II, 168.
« O vous qui croyez ! Manger ces excellentes nourritures que Nous vous avons attribuées » II, 172.

Le licite et l’illicite

    L’Islam n’a déclaré illicite que ce qui se transforme en boisson alcoolisée, et ce quelle qu’en soit la source, raisins, dattes, orge ou quelque autre matière que ce soit, du moment qu’il y ait en fermentation. L’Islam a déclaré illicite tout ce qui provoque un engourdissement ou cause un mal au corps.

Le rétablissement des prescriptions alimentaires par l’Islam

    L’Islam a adressé cet appel à tous les hommes : « O gens ! De ce qui existe sur la terre, mangez le licite pur ; ne suivez point les pas du diable car il est vraiment pour vous, un ennemi déclaré » II, 168.

    Il les a appelés en tant qu’hommes pour qu’ils mangent les excellentes nourritures de cette grande table qu’est la terre, avec tout ce qu’Il leur a créé et Il les a mis en garde pour qu’ils ne suivent pas le chemin que le démon leur a embelli en les incitant à interdire ce que Dieu a permis, voilà comment le démon les a privés des excellentes nourritures et les a jetés dans les abîmes de l’égarement. Dieu adressa ce message aux croyants : « O les croyants ! Mangez des nourritures licites que nous avons attribuées. Et remerciez Allah si c’est lui que vous adorez » II, 172.

    Dans cet appel adressé aux croyants, Dieu leur demande de manger les bonnes choses qu’Il leur a accordées et de Le remercier de Ses bienfaits. Puis, Il a précisé qu’Il ne leur a interdit que ces quatre espèces, que nous trouvons d’ailleurs dans d’autres versets, mais le plus éloquent au sujet de ces quatre espèces est celui qui rapporte les paroles de Dieu le Tout Puissant dans la sourate des Troupeaux : « Dis : « Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve d’interdit, à aucun mangeur d’en manger, que la bête (trouvée) morte, ou le sang qu’on a fait couler, ou la chair de porc – car c’est une souillure – ou ce qui, par perversité, a été sacrifié à autre qu’Allah » Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux » III, 145.

L’interdit est décidé par Dieu

    Le Coran insiste incessamment sur le fait que l’homme n’a pas le droit de déclarer un aliment illicite. Seul Dieu peut le faire : « O vous qui croyez ! Ne déclarez pas illicites les excellentes nourritures qu’Allah a déclarées licites pour vous » V, 87.
« Ne dîtes donc point de ce que vos bouches profèrent mensongèrement : « Ceci est licite et ceci est illicite » dans le but de forger le mensonge contre Allah. Ceux qui forgent le mensonge contre Allah ne seront pas les Bienheureux » XVI, 116.

    En somme, est-ce que la consommation d’aliments que la révélation n’a pas expressément interdite, doit être considérée comme permise ou non ? Un hadîth rapporté par Aboû Dawoûd (at‘ima) cite : « Les païens avaient l’habitude de manger de certaines choses et de s’abstenir d’autres parce qu’ils les considéraient comme impures, maintenant Allah a envoyé son Prophète, a révélé Son Livre et a déclaré permis ce qui est permis et défendu ce qui est permis et ce qu’Il a déclaré défendu est défendu et ce dont Il n’a rien dit est une concession licite » Puis, il récitait : « Je ne trouve dans ce qui m’a été révélé rien de défendu » VI, 145.

    En outre, le Coran VII, 31 est considéré comme impliquant que toute nourriture ou boisson qui n’a pas été explicitement défendue, est permise. Al Boukhârî, dans l’intitulé d’un chapitre (I‘tisâm) sans contester directement ce principe, fait ressortir le fait que les prohibitions énoncées par le Prophète doivent être tenues pour des déclarations expresses d’illégitimité, à moins qu’il ne soit possible de démontrer que l’acte en question est moubah.

La modération dans l’alimentation

« Nous sommes un peuple qui ne mange que lorsqu’il a faim, et lorsque nous mangeons, nous ne mangeons pas jusqu’à satiété » a dit le Prophète (à lui bénédiction et salut).

    L’Islam est la religion médiane, la religion de la modération et de la bienfaisance. La nourriture qui est la « base de la vie » se trouve au centre de cette modération dont la règle générale par excellence est : en matière de nourriture et de boisson, pas d’excès ni dans un sens ni dans l’autre. Le Coran dit dans la sourate al A‘râf : « Mangez et buvez, évitez les excès. Il n’aime pas ceux qui dépassent les limites »

    Il est dit aussi dans la sourate al Forqân, (9) que parmi les « serviteurs de Dieu » : « …ceux qui lorsqu’ils dépensent pour leur nourriture, ils ne sont ni prodigues ni avares, mais se tiennent juste au milieu »

    Dieu (Exalté) a investi l’Homme sur terre pour qu’Il l’adore. Et, pour lui faciliter l’accomplissement de cette tâche, Dieu a mis à sa disposition tout ce dont il a besoin : « C’est Lui Qui vous a soumis la terre : parcourez-là en long et en large et mangez ce qu’Il vous a procuré… » (10) Donc, aucune personne ne peut subsister sans nourriture et eau.

Manger et boire est essentiel et indispensable pour l’Homme

Dieu a créé l’Homme sur terre pour qu’il la peuple et pour qu’il adore Dieu. Pour lui faciliter l’accomplissement de cette tâche, Dieu a mis à sa disposition tout ce dont il aura besoin : «C’est Lui Qui vous a soumis la terre : parcourez-la en long et en large et mangez ce qu’Il vous a procuré. C’est vers Lui qu’aura lieu la Résurrection » (al Moulk, 15). Aucune personne ni aucun être vivant ne peut survivre sans nourriture, eau, air, habit et gîte.

L’importance accordée par l’Islam à la santé et à la nourriture

Un non musulman a fait la remarque suivante à un théologien musulman : «Votre Livre (le Coran) n’a rien mentionné en matière de médecine». Le savant lui a répondu que Dieu a résumé toute la médecine en un demi verset : « et mangez et buvez mais sans excès ; Il n’aime pas ceux qui agissent par des excès » (al A‘raf, verset 31). Celui qui lit le Coran en le méditant remarque les différentes références à la médecine et à la santé, par exemple, en ce qui concerne le nourrisson le Coran nous dit : « Et les mamans allaitent leurs nourrissons pendant deux années complètes. » al Baqara, verset 233. et « O gens, de ce que produit la terre, mangez ce qui est licite et ce qui est bon » al Baqara, verset 168 ; « Mangez de leurs fruits quand ils en produisent » al An’am,  verset141. ; « Que l’homme considère donc sa nourriture ; c’est Nous qui versons l’eau abondante, puis nous fendons la terre par fissures et y faisons pousser grains, vignobles et légumes, oliviers et palmiers, jardins touffus, fruits et herbages pour votre propre jouissance et pour vos bestiaux » Abasa, versets 24-32 ; dans la sourate Attin, 1 Dieu jure « Par le figuier et l’olivier ».

Les conseils diététiques du Prophète

     Le Prophète (à lui bénédiction et salut) a dit « Mangez, buvez et habillez-vous et donnez-en aux nécessiteux, sans avarice ni prodigalité, car Dieu aime voir l’effet de ses bienfaits sur ses adorateurs » rapporté par al Boukhâri, aussi: «Dieu préfère le croyant fort au croyant faible» rapporté par Moslim d’après Aboû Horaïra et « Tu as des devoirs envers ton corps » (al Boukhâri). Il s’agit donc des nécessités dont aucun homme ne peut se passer : l’habillement, la nourriture et l’eau.

     En somme, la nutrition est une nécessité pour la vie de l’homme et pour sa croissance : depuis sa conception, en tant que fœtus dans le ventre de sa mère et après sa naissance, durant toute sa jeunesse et puis sa vieillesse et jusqu’à la fin de ses jours. En effet, c’est à partir de la nourriture que se constituent les cellules du corps de l’homme et les tissus de ses divers organes, et que s’effectue le remplacement des tissus perdus. De même c’est la nourriture qui fournit au corps l’énergie qui lui permet de se déplacer et de remplir toutes les activités auxquelles il participe régulièrement. Si nous comparons le corps à une voiture et la nourriture à l’énergie, la voiture peut-elle se déplacer sans carburant ? Non, certainement pas.

    L’Islam a accordé une extrême importance à la santé et a encouragé ses adeptes à être forts physiquement, car Dieu préfère le Musulman fort au Musulman faible. Ne lit-on pas dans le Coran, sourate al Qasas, verest 26 : « L’une d’elles a dit : ô mon père, engage-le ; car le meilleur pour toi à engager est celui qui est fort et digne de confiance ».

     Le concept de santé ne signifie pas uniquement un corps sain de toute maladie mais également « un état complet de bien être physique, intellectuel, psychique et social et non pas seulement un corps sans maladie ni tare ». C’est la santé ainsi définie que vise l’Islam pour que le Musulman puisse accomplir ses obligations religieuses et remplir les tâches qui lui incombent dans sa vie de tous les jours.

    Parmi tant de belles voies qu'il nous a indiquées, et que rapportent Tirmidi, Ibn Maja et al Nasa'i, chacun dans ses «Sunans», Ibn Hibbân, al Hâkim et Ahmad, chacun dans leur «Mosnad» respectif, ainsi que Ibn Sa'd et al Tabarânî chacun dans son «Mo'jam al Kabir», et enfin Ibn `Asâkir, dans son «Histoire de Damas», d'après Miqdam ibn Ma`di Karib, nous relevons ce propos du Prophète :  «L'être humain ne nourrit pas pire ennemi que sa propre panse alors qu'il lui suffirait de quelques bouchées pour lui donner la force nécessaire».

    Il est dit dans une autre variante : «Si c'est vraiment nécessaire de se nourrir, il consacrera un tiers à sa nourriture, un tiers à sa boisson et un tiers à sa respiration».
 
Les médecins, tant parmi les anciens que les modernes sont d'accord pour dire qu'il existe deux médecines : la préservation de la santé des bien portants et le rétablissement de la santé chez les malades grâce à la pratique thérapeutique.

    On rapporte à ce propos maint hadith où le Prophète indique certains remèdes pour certains maux. Les oulémas s'y sont largement intéressés, estimant que ces traitements font partie de la religion et de la Révélation divine. En fait, quelques uns de ces remèdes appartiennent aux connaissances que possédaient les Arabes, acquises à partir des expériences de leur environnement comme nous le montre le hadîth suivant qui jouit de l'unanimité, d'après Jabir ibn ‘Abdoullah (que Dieu soit satisfait de lui) : «Parmi vos remèdes il en est qui procurent quelque bien (quelque guérison dans une autre variante): ce sont une saignée, une gorgée de miel ou une lancette pour une phlébotomie, qui conviennent au mal. Mais je n'aime pas ce dernier remède».
Parmi ces thérapeutiques aussi, il en est qui conviennent dans un environnement géographique à climat chaud comme la péninsule arabique, mais qu'on ne peut appliquer à tous. A ce sujet, l'Imam Ibn al Qayyîm, dit dans son ouvrage «Zâd al Ma'âd : «... Le Prophète n'a été envoyé que pour faire connaître Dieu, indiquer la bonne voie à suivre, exhorte à aimer Dieu, et indiquer aux gens ce qui Lui agrée et ce qu'Il abhorre... Quant à la médecine des corps, elle fait partie de ce qui complète la loi divine et est délibérément énoncée en dehors de celle-ci, elle est formulée pour d'autres desseins.

    L'important dans ces deux dispositions de la médecine, c'est que le Prophète a édicté le principe de la thérapeutique et y a exhorté les gens à le suivre, comme c'est le cas dans le hadith authentique rapporté par Abou Dâwoud, d'après Ousâma ibn Charik : «Soignez vos maladies». On trouve aussi dans la variante rapportée par Tirmidhi : «Certes, Ô gens de Dieu, Soignez vos maladies».

    Un grand espoir a été donné aux malades de pouvoir guérir leurs maux, comme il est dit dans le hadîth rapporté par Aboû Houraira : «Dieu n'a créé aucun mal sans  avoir aussi créé son remède». Le Prophète a incité les praticiens à tenter de trouver les remèdes par la connaissance, en disant dans le hadîth rapporté par Moslim et Ahmad, d'après Jâbir : «A chaque maladie son remède: le remède appliqué, elle guérit par la volonté de Dieu». Nous trouvons dans la variante rapportée par Ahmad ceci : «Dieu n'a créé aucun mal sans avoir créé aussi le remède, qu'on le connaisse ou non».

    Le Prophète a placé la question du traitement de la maladie, dans son véritable contexte, le jour où on lui demanda : «Y aurait-il un talisman à mettre, un remède à prendre, ou une formule à réciter pour nous préserver du destin  que nous réserve Dieu ?», le Prophète a alors répondu : «Ils font eux-mêmes partie du destin que leur réserve Dieu  de Dieu» (Rapporté par Tirmidi, d'après Aboû Khouzama): il a montré ainsi que les desseins de Dieu sont modifiés par d'autres desseins divins. En Islam donc, il n'y a pas de place pour la résignation, le croyant étant appelé à agir selon le destin que lui réserve Dieu,  en ayant confiance en Lui, et dans sa Providence.

    Un autre principe essentiel réside dans le fait que le Prophète s'opposait aux médecines occultes, ne reconnaissait que celles fondées sur l'observation et l'expérience, sur les causes et les effets. Aussi, a-t-il pu infirmer les allégations du polythéisme antéislamique dans les sociétés arabes et autres, qui rejetaient les causes apparentes et naturelles et se masquaient mystérieusement des forces occultes des amulettes et des étranges talismans utilisés par les charlatans et les imposteurs. Le Prophète a dit dans un hadith rapporté par l'imam Ahmad, d'après ‘Oqba Ibn`Amir : «Celui qui porte un talisman associe un autre dieu à Dieu» ; dans une autre variante, nous trouvons : «Celui qui porte un talisman, Dieu ne réalisera pas son vœu, et celui qui porte un fétiche (coquillage), Dieu le fera vivre dans le tourment».

    Telles étaient les recommandations du Prophète relatives au traitement des maladies. Le deuxième volet de la médecine, à savoir «la préservation de la santé chez les bien portants", est perçu clairement dans les exhortations de l'envoyé de Dieu, car les principes utilisés pour la sauvegarde de la santé sont généraux, et son tout à fait en accord avec les commandements du Créateur et des lois qu'il a établies pour ses créatures. Ces lois visent à préserver l'être dans sa forme la plus accomplie. Dieu dit : «Glorifie le Nom de Seigneur, le Très-Haut, celui qui a créé et agencé avec harmonie.».LXXXVII- 1/2 Et : «Ô homme! Qu'est ce qui trompé au sujet de ton Seigneur, le Noble qui t'a créé, puis modelé, et constitué avec harmonie?». LXXXII. Puis : «Par l'âme et celui qui l'a équilibrée». XCI. 7.

    La conservation de cet équilibre est donc une partie primordiale des desseins de la révélation, la loi islamique ayant été établie pour engendrer le bien des hommes en dehors du mal. Al`Izz ibnAbdassalam dit dans son excellent ouvrage «Qawa`id al Ahkam fi masalih al Anam» : «Toutes les lois, écartent le mal, ou bien engendrent le bien. Quand Dieu dit : «Ô vous qui croyez», l'exhortation qui vient après cet appel consiste en un bien auquel il nous invite, ou en un mal qu'il nous recommande d'éviter ou les deux à la fois. Dieu a montré dans Son Livre le mal que certaines normes contiennent afin qu'on l'évite, ainsi que le bien que d'autres recèlent et qu'Il nous préconise».

    «Toute la Communauté, voire toute les nations, dit l'imâm al Châtibî dans ses «Mouwafaqat» sont unanimes à croire que les commandements de Dieu ont été établis en vue de préserver les cinq nécessités que sont : la religion, la personne, sa progéniture, ses biens et sa raison».
Tels sont en effet les droits primordiaux de l'homme. A les méditer, nous ne manquerons pas de constater que les trois nécessités que sont la personne, sa progéniture et sa raison, ne se réalisent et ne se complètent en effet que par la préservation de la santé.

    Rien d'étonnant donc que le Livre de Dieu et la Sunna de Son Prophète énoncent plusieurs prescriptions qui assurent et renforcent la santé chez la personne humaine et préservent son équilibre en tant qu'état naturel établi par Dieu. Une étude approfondie des textes et une application judicieuse de leurs préceptes dans le comportement de l'homme, mettront à notre disposition une part importante de la législation de la santé, étant donné du fait que les commandements de Dieu en constituent les textes de base, et que l'effort intellectuel de la pensée islamique a constitué toute une jurisprudence sur le plan pratique.

    Au principe de ces textes de base, on trouve l'incomparable et rare hadîth qui a fait l'unanimité et qui a été rapporté par ‘Abdoullah ibn 'Omar : «Ton corps a certes des droits auprès de toi».

    Aujourd'hui, si l'humanité est arrivée, quatorze siècles après la révélation de l'Islam, à publier la Déclaration Mondiale des Droits de l'Homme, elle n'est pas encore parvenue à la déclaration «des droits du corps de l'homme». Ce corps a des droits auprès de son maître qui se doit de le nourrir quand il a faim, de lui donner du repos quand il est fatigué, de le laver quand il se salit, de lui éviter tout mal qui peut l'atteindre, de ne pas lui faire supporter ce qui est au dessus de sa capacité, et de le guérir quand il tombe malade. L'Islam voit en ces obligations envers notre propre corps des droits inaliénables aussi importants que les autres, fussent-ils ceux de Dieu, le Très Haut.

    Parmi les textes plus importants qui peuvent nous servir à dégager les fondements juridiques de la santé, citons les paroles où Dieu dit : «Et quant au ciel, Il l'a élevé bien haut. Et Il a établi la balance afin que vous ne transgressiez pas dans la pesés: Donnez le poids exact et ne faussez pas la pesée»LV. 7/9

    Ces versets, d'une manière générale, parlent d'équilibre établi dans la nature des choses et dans toutes les composantes de l'univers, parmi lesquelles l'homme lui-même, dans l'harmonie la plus parfaite. Ils nous avertissent également que toute atteinte à cette «balance», de quelque côté que ce soit, par excès ou par défaut, engendre les pires des conséquences. Dieu dit en effet : «Ô gens! Votre transgression ne retombera que sur vous-mêmes». X. 23

    Les médecins musulmans ont vite fait de comprendre cette vérité et s'en sont imprégnés pour l'appliquer au domaine de la santé. Cet équilibre, ils l'ont traduit par le terme «modération». ‘Ali ibn al`Abbâs par exemple, a dit il y a quelque mille ans : «La santé du corps réside dans la modération». Exprimant le dynamisme de cet équilibre, Ibn Sina de son côté et à la même époque a dit : « La modération est l'espace dans lequel l'homme doit évoluer, espace défini par deux limites : l'excès et le défaut». Cet espace donc est comparable à une balance dont l'aiguille se déplace d'une extrémité à l'autre. Pour que l'être humain puisse préserver l'usage de sa balance, il doit posséder, si l'on peut dire, «un certain patrimoine de santé»: c'est ce qu'indique le hadîth rapporté par al Boukharî d'après Ibn`Omar (que Dieu soit satisfait de lui) : «Prélève sur ta santé pour ta maladie».

    Cette «réserve de santé» peut être assurée par une bonne alimentation, une provision suffisante en anticorps, une bonne condition physique qui permettent au corps de supporter les pressions auxquelles il s'expose, une sécurité psychoaffective qui permet aux corps d'affronter les troubles psychiques qui ne manquent pas de perturber l'être dans son individualité. Cette « réserve » en somme serait tout cela à la fois.

Tout cela nous rappelle le hadith rapporté par Ibn Maja, d'après Aboû Bakr- que Dieu soit satisfait de lui : «Demandez à Dieu le rétablissement de votre santé, c'est là, certes, le meilleur des biens».
Le médecin et jurisconsulte Ibn Rochd disait, il y a de cela huit cents ans : (La santé) est un état physique, les réactions en sont naturelles et les manifestations normales». De son côté ‘Ali ibn Abbâs disait il y a un millénaire : «... Un état physique où les réactions sont à leur état normal». Et enfin, nous trouvons cette définition d’Ibn al Nafis, il y de cela sept siècles : «... Un état physique où les réactions sont en elles-mêmes saines... l'état contraire par contre est la maladie».

    La santé pour nos médecins s'oppose à la maladie et constitue le principe premier sur lequel repose le corps humain. Ils ont dégagé cette conception des paroles de Dieu, le Tout-Puissant, quand il dit : «... Celui qui a crée et t'a crée, agencé, t'a conçu et t'a constitué harmonieusement.», ainsi que : «Nous avons créé l'homme en la plus belle prestance», et enfin : «Par l'âme et ce qui l'a formée harmonieusement».

    Ce qui attire notre attention dans cette conception de la santé, c'est que le terme «mo`afat» dérivé de `afa wa (l'état de rétablissement) a une forme plurielle, ce pluriel exprimant de surcroît ce qui est meilleur, en d'autres termes, être établi dans sa santé veut dire se trouver dans la meilleure et la plus belle des conditions, physiquement, psychiquement, socialement et spirituellement.

     L'Islam considère la santé comme étant parmi les plus grandes faveurs accordées par Dieu, voire la plus belle après la foi selon le hadith rapporté par al Boukhari et par d'autres rapporteurs, d'après ibn`Abbâs : «Il y a deux richesses dont un certain  nombre d'être se trouve dépourvu : la santé et le temps libre», ainsi que celui rapporté par Ibn Maja d'après Abou Bakr, que Dieu soit satisfait de lui, et cité plus haut.

    Rappelons enfin le hadith rapporté par al Tirmidi d'après ‘Abdoullah ibn Mihsan al Ansari, d'après son père et où le Prophète a dit : «Celui qui parmi vous est en sécurité dans sa demeure, jouit d'une bonne santé et dispose de son pain quotidien, celui là c'est comme si le bonheur de la vie tout entière lui a été offert».

     Préserver cette richesse consiste à être reconnaissant envers elle, d'après les versets où Dieu dit : «Si vous êtes reconnaissants, J'augmenterai Mes bienfaits pour vous». (Abraham), ainsi que : «Abraham fut un parfait modèle» (Les Abeilles) ; c'est à dire un guide parfait, le parangon grâce auquel  nous nous guidons, nous nous accomplissons et nous nous complétons, comme le dit le verset qui suit : «...il était reconnaissant envers Dieu pour ces bienfaits». Abeilles, 120

     Toute attitude contraire au bon comportement, qui consisterait à mesurer des bienfaits, à les gaspiller ou à les altérer aboutira à la suppression de la santé et aura pour conséquence la maladie. Dieu en effet dit dans «La Génisse» : «Qui change un bienfait de Dieu après qu'Il le lui a prodigué, connaîtra le pire de ses châtiments», ainsi que : «Dieu n'a point changé un bienfait dont il avait gratifié un peuple, avant que ce peuple eût modifié ce qui était en lui-même».
«L'excès d'alimentation, source de tout mal» que je traiterai à la lumière de tout ce qui a été exposé sur la santé en tant que bienfait et sur sa préservation par l'homme ainsi que sur l'attitude qui engendre le bien de l'homme, et sur l'interdiction de porter atteinte à sa propre personne, selon le hadith rapporté par Moslim et Ibn Mâja d'après Aboû Houraira et où le Prophète a dit : «Attache-toi à ce qui engendre pour toi du bien».

   Nul n'ignore que l'estomac est le lieu où se déposent les aliments après être passés par le tube digestif. Nous devons donc en ce qui concerne l'hygiène alimentaire, rechercher la véritable voie indiquée par l'Islam. C'est ce que nous nous proposerons de dégager à partir des textes de la loi musulmane.
Le premier texte qui nous vient à l'esprit est le hadîth rapporté par al Boukhâri dans son «al Adab al moufrad», d'après Miqdam ibn Ma`di Karib : «Tout ce dont tu te nourris constitue une aumône pour toi».

    Rechercher une bonne alimentation en évitant celle qui une pernicieuse assure une bonne santé. Dieu, le Très Haut, dit «Mangez des choses bonnes que Nous vous attribuons»puis : «Mangez de ce que la terre offre de licite et de bon». (La Génisse : 57/ 168), ainsi que, lorsqu'il décrit les vertus de Son envoyé :«... Leur rend illicite les choses mauvaises». VII. 157.

     S'interdire une nourriture bonne sans aucune raison valable est incompatible avec la bonne santé et est prohibé par l'Islam. Dieu, le Tout-Puissant, dans «La Table servie» dit : «Ne rendez pas illicites les bonnes choses que Dieu a déclaré licite pour vous».

   Une bonne alimentation est d'abord assurée selon l'équilibre établi par Dieu en toute chose et dont il parle en ces termes : «... Et Il a établi la balance, afin que vous ne transgressiez pas dans la pesée. Donnez le poids exact et ne fraudez sur la balance».LV.7/8/9

   L'alimentation équilibrée l'est d'abord au niveau de la quantité. Abuser de la nourriture porte atteinte à la santé à cause des effets que cela engendre directement comme l'indigestion et la dyspepsie Dyspepsie: digestion difficile, et de ceux provoqués indirectement comme certaines maladies désignées communément aujourd'hui par le nom «maladie des riches» telles que le diabète ou la glycémie, l'hypertension, les rhumatismes articulaires qui sont à l'origine des angines chroniques, la mauvaise circulation sanguine, les maladies du système nerveux provoquant convulsions, apoplexies et hémiplégies et bien d'autres affections.

    Ainsi, il nous apparaît clairement qu'effectivement «l'estomac» est bel et bien la source d'un bon nombre de maladies, directement ou indirectement.  Cet abus de nourriture est contraire aux prescriptions islamiques, Dieu dit : «Mangez des (nourritures) exquises dont nous vous avons gratifiés ! Ne vous livrez à aucun excès, car ma colère s'abattrait sur vous…». XX.81

    De son côté, le Prophète dans un hadith d'après al MiqdamibnMa`di Karib, dit ceci : «L'être humain peut se contenter de quelques bouchées pour se maintenir en forme». C'est à dire qu'il peut se contenter du strict minimum pour subvenir à ses besoins vitaux. Dans un autre hadîth rapporté par Moslim d'après Jabir, nous pouvons lire ceci : «La nourriture d'une personne peut suffire à deux, la nourriture de deux peut suffire à quatre et la nourriture de quatre peut suffire à huit». Ce qui donne la série d'égalités suivantes 1/2 = 2/4 = 4/8 mais les estomacs différent Voilà pour ce qui est de l'équilibre alimentaire au niveau de la quantité.

Mais une alimentation saine réside aussi dans son équilibre qualitatif. Elle consiste en une combinaison judicieuse des produits alimentaires dont Dieu a gratifié ses créatures afin qu'elles couvrent leurs besoins physiologiques en vitamines (protéines, glucides et sels minéraux) et dont Dieu a recensé l'essentiel dans la sourate « Les Abeilles » : « Les chameaux, ont, par Lui, été créés pour vous. Pour vous s'y trouvent vêture, utilités et nourriture dont vous mangez » ; « C'est lui qui a assujetti la mer pour que vous mangiez une chair fraîche [issue] d'elle » ; il fait pousser pour vous les céréales, l'olivier, la vigne et toutes sortes de fruits ». « Nous vous abreuvons d'un lait pur, exquis pour les buveurs, (venant) de ce qui est dans leurs ventres d'un mélange d'aliment un aliment digéré et de sang » XVI.66 ; « Du ventre (des Abeilles) sort une liqueur aux couleurs variées ou se trouve une guérison pour les hommes » XVI.69 ; « Mangez de ses fruits quand ils (les arbres) en produisent les aura portés VI.141,

      Et enfin dans la sourate Yasin, 33 :« Une preuve pour eux est la terre morte, à laquelle Nous redonnons la vie et d'où Nous faisons  sortir des grains qu'ils mangent ».

    L'Islam apporte même des détails sur « les aliments complets ». Aussi préfère-t-il une farine dont le son n'a pas été retiré comme dans le hadîth rapporté par Ibn Mâja d'après Oumm Ayman qui avait passé au crible une farine pour préparer un pain au Prophète (Quant il lui demanda ce que c'était, elle lui dit qu'elle avait voulu lui préparer un pain à la manière de chez-elle. Il lui dit alors : « remets-y le son retiré, et pétris-le! ».

    L'Islam se préoccupe de l'hygiène alimentaire et incite les croyants à se laver les mains avant de se mettre à table, leur évitant ainsi un risque d'excitation ou d'inflammation gastriques. Le Prophète, d'après le hadith rapporté par Ibn Maja d'après Abou Houraira, ne manquait jamais de se laver les mains avant chaque repas.

    La Sunna tient à faire acquérir aux croyants les règles élémentaires d'une bonne hygiène alimentaire. Aussi, est-il rapporté par Ibn Maja que le Prophète a dit : « Couvrez les ustensiles ». Dans une autre variante rapportée par al Boukharî, il est dit : « Couvrez le boire et le manger », comme il recommandait, -que paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui- qu'on ne souille pas l'eau avec les rejets organiques qui peuvent contenir des microbes entraînant des épidémies. Il a dit, par exemple, dans le hadith rapporté par Ibn Maja d'après Aboû Houraira : « Que personne parmi vous n'urine dans une eau stagnante », il recommande ainsi que dans un autre propos rapporté par Abou Dawoud d'après Mou‘ad ibn Jabal : « Evitez la malédiction de ces trois comportements : faire ses besoins dans les sources, dans un sentier emprunté et dans un coin d'ombre ». Nul n'ignore en effet que le fait de polluer les sources d'eau avec ses excréments qui contiennent des microbes, constitue un véritable agent d'infection soit directement lorsqu'une personne boit cette eau polluée, soit indirectement à travers les légumes et les fruits qui ont été arrosés par cette eau. Pour ce qui est du coin d'ombre, l'enseignement de notre Prophète est vraiment édifiant, Car justement, ce qui y est déposé n'est pas purifié par l'action du soleil et devient un foyer idéal de pullulation des microbes.

    L'excès de nourriture donc, devient effectivement source de maladies chaque fois que l'individu adopte un comportement qui rompt l'équilibre et dépasse la mesure et la modération. « La panse, n’est-elle pas le pire ennemi que l'être humain nourrisse » quand il outrepasse les limites de la sagesse ?

Quelle voie donc faudrait-il adopter afin d'éviter tous ces maux ? Cette voie nous est tracée par la deuxième partie de l'énoncé du Prophète. « Le tiers pour sa nourriture », nous avons ici une incitation à la modération au niveau quantitatif alors que pour ce qui est du niveau qualificatif c'est plutôt : « La diète en tant que remède ».

    La quantité alimentaire que l'individu absorbe, ne doit pas dépasser le tiers de la capacité de son estomac, car il a besoin d'une quantité liquide à absorber pour assimiler les aliments, en faciliter la digestion et remplacer la quantité liquide dégagée par le corps. Aussi le Prophète a-t-il évalué à un tiers cette carence.  Le troisième tiers lui, est nécessaire pour maintenir l'appareil respiratoire dans sa fonction afin qu'il s'en acquitte comme il se doit. Cela, si nous interprétons « nafas » dans ce sens, à savoir la respiration. Mais si nous voyons que ce terme renvoie à « l'air », il ne peut désigner que cet espace appelé « poche d'air » et que nous apercevons en noir chaque fois que nous faisons une radio (TOGD) de l'appareil digestif.

    Que de personnes en effet, souffrent de troubles gastriques à cause d'un régime alimentaire contenant des aliments qui ne conviennent pas à leur corps. Ces personnes n'ont pas d'autres recours que la diète: au sens usuel ce mot signifie: privation totale ou partielle, de nourriture; au sens médical, régime de nourriture, emploi (himya) qui linguistiquement veut dire qu'une personne s'interdit certains aliments et non pas comme en a tendance à l'interpréter aujourd'hui, le fait de se nourrir en aliments utiles ou nécessaires pour le corps. Quoi qu'il en soit, pour ma part, ce régime de la himya consiste à protéger la personne contre les maux que peuvent produire les aliments.

    Tant pour la médecine que pour la loi divine (charîa) prévention et sauvegarde de la santé vont de pair et sont aussi importantes l'une que l'autre.

    Tout le monde sait que jeûner constitue une sorte de « régime ». Dieu l'a prescrit à ses créatures, à nous et à ceux qui nous ont précédés. Une fois accompli comme il se doit, le jeûne participe à évacuer les résidus des aliments dont l'accumulation ne provoque que des maladies.

    Le Prophètes disait : « Jeûnez et vous serez en bonne santé ». Sauvegarde et prévention sont, comme nous l'avons déjà signalé en corrélation. Dieu nous a prescrit le jeûne afin que, dit-il, « Vous vous préserviez ». Si se préserver consiste en premier lieu en une sauvegarde de l'homme, il nous est possible d'y voir également une prophylaxie pour le corps.

 

 

Notes

1) « al tour al moukhtâr » en marge d’Ibn ‘Abdîn 1/136.
2) Coran Sourate les Appartements privés, verset 12
3) Voir al Boukhari ; Ibn Hazm « al Mouhallâ » 5/117
4) Coran XVII, 70
5) Rapporté par al Hâkim et al Bayhaqî.
6) Rapporté par al Tirmidî.
7) Rapporté par al Hâkim, al Daraqotnî, al Bayhaqî.
8) Ibn Rochd dit dans la Bidâya: “wa ammâ mâ sakata ‘anhou al char‘ou mina l ahkâm, fa qâwl al joumhoûr: inna tarîq al wouqoûf ‘alayhi houwa l qiyâs”.
9) Verset 67
10) Sourate al Moulk, verset 15.

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