Le sacrifice et la femme divorcée

 

Que la paix et les bénédictions soient sur le Messager de Dieu, Mouhamed, le sceau des Prophètes.


QUESTION :
Salamou 'Alaykoum. J'aimerais vous poser une question sur la fête du sacrifice. Je suis une femme divorcée avec enfant, je ne travaille pas mais j'ai quelques économies. Mon entourage me dit que je ne suis pas dans l'obligation de sacrifier une bête car je suis considérée comme une célibataire... J'ai un doute car il ne se base que sur les "on dit" et j'aimerais savoir si vous pouvez m'aiguiller. Merci. BarakALLAHoufikoum.

REPONSE:

Tout d'abord concernant le sacrifice de la femme divorcée:

La femme comme l'homme a des responsabilités envers ceux qui sont à sa charge, si les enfants sont à la charge légale de l'épouse, elle en est légalement responsable, c'est elle qui devient « chef de famille » et vicé versa. Le musulman porte le qualificatif de "responsable", moukalaf, il aura des comptes à rendre devant son Seigneur !

Une femme, divorcée ou non, a tout à fait le droit de sacrifier une bête, les Textes le prouve par ailleurs   rapporté par Mu'âdh Ibn Saad: "une bergère de Kaab Ibn Mâlik a eu une brebis blessée qu'elle a rattrapé puis égorgé rituellement à l'aide d'une pierre. On demanda au Prophète (paix et salut sur lui) à ce propos et il répondit: "il n'y a pas d'inconvénient à cela, mangez-en".  Rapporté par Malik dans le Muwattaa ainsi que Al-bukhari, Hadîth n°5186.

Les savants ajoutent que cette immolation est autorisée même si la femme est en état de menstrues ou lochies, car le Hadîth est général.

Si la femme n'est pas en mesure de sacrifier elle même, elle peut mandater une personne qui le fera pour elle.

 

Obligation ou non de sacrifier une bête pour le 'Aid al-Adha ?

Le sacrifice d'un animal au nom d'Allah (al-Oudhiya) est une 'ibada (acte d'adoration) très importante dans l'islam. C'est une Sunna instaurée par le Prophète Ibrahim, sur lui la paix et le salut et revivifiée par le Prophète Mouhamed paix et bénédiction sur lui.

Cet évènement est d'autant plus important pour nous qui vivons dans un milieu (en Europe) où la religion est si non inexistante dans la vie publique, au moins effacée un maximum afin de la faire oublier. Les fêtes musulmanes sont des moments de spiritualités concrètes, des moments de partages, de joies et de réconciliations, un dépôt (amâna) qu'il nous faut transmettre à nos enfants.

Les savants ont divergé sur le fait de savoir si c'est un acte « obligatoire »(wajib), ou un acte « fortement recommandé »(sounna mou'akada).

L'origine de cette divergence est :

1. De savoir si le fait que le Prophète paix et bénédiction sur lui ait accompli doit être interprété comme une sunna obligatoire ou une sunna recommandée.
2. L'interprétation de certains hadith.

  • Pour l'imam Malik, Ach-Châfi'i et Ibn Hazm, c'est une Sunna vivement recommandée.
  • Pour l'imam Abou Hanifa, c'est une obligation pour le résident (personne qui n'est pas en voyage) qui en a la capacité matérielle.

Il y a eu divergence par rapport à l'explication du terme sacrifice dans le verset suivant : « Accomplis la prière pour ton Seigneur et sacrifie » (Coran: 108/2) Certains l'on interprété comme étant la « oudhiya » et d'autre non.

Et le caractère obligatoire n'est pas affirmé par toutes les écoles juridiques dans le verset suivant :« À chaque communauté, Nous avons assigné un rite sacrificiel, afin qu'ils prononcent le nom d' Allah sur la bête de cheptel qu' Il leur a attribuée. Votre Dieu est certes un Dieu unique. Soumettez- vous donc à Lui. Et fais bonne annonce à ceux qui s'humilient » (Sourate 22 -  verset 34)

Il y a aussi et surtout, comme nous l'avons dis, les divergences d'interprétations concernant les Hadiths :

  • Les savants considérants le sacrifice comme une obligation, pour ceux qui en ont les moyens, se basent entre autre sur les deux hadith ci-dessous :

Le Prophète paix et bénédiction sur lui a dit : « Que celui qui a les moyens mais ne sacrifie pas, ne prie pas avec nous. » « Man wajada sa'atan falam youdhahhi fala yaqroubanna moussallana».

Et dans un autre hadith, le Prophète paix et bénédiction sur lui dit : « obligatoire pour chaque chef de famille de faire le sacrifice chaque année. » Mais on comprend par cela : « ceux qui ont les moyens de le faire » car Allah Exalté soit-Il rappel dans le Saint-Coran qu'Iln'impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité.

Lorsque Abou Bourdath a immolé son sacrifice avant la prière de l'Aïd, le Prophète paix et bénédiction sur lui a ordonné de recommencer son sacrifice après la prière. Abou Hanifa en a alors déduit que le sacrifice est obligatoire.

  • Les savants considérants le sacrifice de l'Aîd comme une sunna mouakada (fortement recommandé) se base entre autre sur les hadiths suivant en les expliquant :

Le Prophète paix et bénédiction sur lui a dit : « Que celui qui a l'intention de sacrifier un animal s'abstienne de toucher [couper] à ses cheveux ou à ses ongles ». (Mouslim et Ahmad). De l'expression "a l'intention", Malik et Chafi'i en ont déduit que le sacrifice n'est pas obligatoire.

Ibn Hazm énonce : « Qu'aucun compagnons ne voient le sacrifice de l'aid al adha comme étant une obligation. »

Ajouter à cela les Versets ci-dessus.

En résumé :

Au vu des preuves citées plus haut, vous avez le choix de faire ou de ne pas faire en fonction de vos possibilités et de vos moyens. Et vous avez également la possibilité de mandater une personne qui le fasse à votre place.

Vous êtes considéré comme chef de famille si vos enfants sont à votre charge, s'ils vivent sous le même toit que vous. Dans le cas d'une garde partagée, une semaine sur deux, le père reste entièrement responsable et c'est donc à lui, de préférence, à s'en acquitté conformément aux hadith et versets qui citent l'homme comme responsable du foyer (c'est-à-dire redevable de certaines obligations envers les personnes qui sont à sa charge et garant du respect de l'éthique et du culte).

Vu que dans notre société il existe une volonté politique qui réduit fortement la possibilité de pratiquer conformément, librement et en toute sécurité certains de nos actes cultuels, il est également possible de :

  • Soit mandater une personne pour le faire à votre place (frère, voisin, cousin, bouché de confiance, etc..)
  • Soit verser l'équivalant en argent (une aumône) à un pauvre qui pourra bénéficier de la bénédiction de ce jour. Cette dernière possibilité est à envisager en dernier recours.

 

Et Allah est certes Le Savant, Le Sage.