Biographie des Savants Musulmans.

Salâmoun 'alaykoum. Que la Paix et la bénédiction de Dieu soit sur vous.
Avec l'aide de Dieu, cette rubrique sera constamment mise à jour.

Parmi les droits du savant, citons cette belle parole de l'imam 'Ali Ibn Abi Talib (Que Dieu soit satisfait de lui) :

" Il est du droit du savant que tu ne lui poses pas trop de questions, que tu ne le contraingnes pas à y répondre, que tu n'insistes pas auprès de lui s'il est négligent, que tu ne l'interroges pas au moment où il quitte l'assemblée, que tu ne révèles aucun de ses secrets et que tu ne calomnies personne auprès de lui, et s'il commet une erreur tu dois accepter ses excuses. Il t'incombe de le respecter et de l'honorer en Allah tant qu'il met en application l'ordre d'Allah. Ne t'assieds pas devant lui (en lui tournant le dos) et s'il a un besoin, tu dois précéder les gens (le peuple) afin d'apporter satisfaction à ce besoin-là". Il dit également: "Parmi les droits du savant sur toi, il y'a le fait de le saluer en particulier, lorsque tu arrives près de lui, de ne pas faire de signes de la main ni des clins d'oeil, de ne pas dire "Untel a dit le contraire de ta parole". Ne tire pas son habit, n'insiste pas sur les questions, car il est comparable au dattier aux dattes toutes fraiches, à chaque instant il laisse tomber quelque chose pour toi ".

Biographie des Savants Musulmans.

Bref résumé des quatres Califat

Le Califat d'Abu Bakr al-Saddiq ('le véridique') : 632-634

A la mort du Prophète Muhammed, se posa la question de sa succession. Il n'avait pas laissé d'héritier mâle et n'avait désigné personne pour lui succéder. Au Conseil des sages, qui s'était réuni pour désigner ce successeur, des clans commencèrent à se former, pour soutenir tel ou tel candidat. Mais, Omar mit fin à ce début de dissension, en persuadant le Conseil de nommer Abu Bakr, compagnon et beau-père du prophète, car c'est lui, dit-il, qui fut désigné par Muhammed, mourant, pour diriger la prière publique, à sa place. C'est preuve qu'il en était le plus digne. Abu bakr, homme pieux et bon, fut donc le premier Calife de l'Islam ('khalifat ar-rasul' =successeur de l'envoyé de Dieu), chargé de diriger la Umma (ou Communauté des Croyants); mais, son règne fut bref, puisqu'il ne dura que deux années. Il eut, néanmoins, le temps de réaliser l'unité de la péninsule, d'initier l'expansion de l'Islam hors des frontières nord de l'Arabie et de désigner Omar pour lui succéder.

Le Califat de Omar ibn Khattab : 634-644

Sous le règne dynamique de Omar, une organisation économique, administrative et militaire de l'Etat Musulman naissant est mise en place. Il organisa et amplifia les conquêtes, commencées sous son prédécesseur, vers la Perse et vers les territoires byzantins. Ce fut la période des conquêtes rapides, qui permirent à l'Islam de se propager loin des frontières naturelles de la péninsule arabe. A la fin de son règne, toute l'Arabie, une partie de l'Empire sassanide et les provinces syriennes et egyptiennes de l'Empire byzantin avaient été conquises; le reste des territoires sassanides fut occupé peu après.

Le Califat de Othman : 644-656

Omar fut assassiné en 644, par un esclave chrétien. Le calife Omar (Que Dieu soit satisfait de lui) avait désigné six Compagnons et laissé le choix aux musulmans d'en retenir un. Quatre se sont désistés et l'éléction s'est portée sur le choix de l'un des deux candidats restants : Othmân et Alî (Que Dieu soit satisfait d'eux). Son successeur fut finalement Othman, également compagnon et gendre du Prophète (Paix et prière sur lui).
Sous son califat le Coran fut rassemblé en chapitres ou sourates. Mais, moins énergique que son prédécesseur, il n'a pas su gérer les dissensions et querelles nées entre les tribus de son entourage. Il fut assassiné en 656, dans des conditions obscures. De cet assassinat devait naître la première grande discorde entre Musulmans : 'al fitna al kubra' (la Grande Epreuve)

Le Califat d'Ali ibn abu Talib : 656-661

Donc, Ali,cousin et gendre du prophète et, également, un de ses premiers disciples, fut proclamé calife, après l'assassinat de Othman. La vieille aristocratie mecquoise, qui avait si longtemps combattu Muhammed, l'obligeant à émigrer à Médine, se révolta contre Ali. Mouaouia ibn abi Sufyane, gouverneur de Damas et proche parent de Othman, dont il impute l'assassinat à Ali, prend la tête de l'opposition armée. Cette contestation devait déboucher sur le premier grand affrontement armé entre Musulmans, à la bataille de Siffin sur l'Euphrate, en 657, bataille qui fut lourde de conséquences pour l'Islam et les Musulmans et dont les retombées sont encore actuelles. Lors de cette bataille, le sort des armes tourna à l'avantage des partisans d'Ali, quand soudain ses adversaires accrochèrent des feuillets du Coran à la pointe de leurs lances, pour demander l'arrêt des combats et exiger un arbitrage. Ali, plein de scrupules, s'y soumis. L'arbitrage (658) lui fut défavorable en vertu de ses responsabilités présumées dans le meurtre de Othman. N'attendant pas le résultat du verdict, certains partisans de Ali, ne lui pardonnant pas d'avoir accepté de remettre en cause la légitimité que Dieu, par le sort des armes, semblait lui confirmer, et consenti ainsi par cet arbitrage à 'soumettre la Volonté de Dieu au jugement des hommes', le proclamèrent déchu et sortirent alors des rangs pour faire sécession, d'où leur nom de Kharidjites ('Les Sortants') du verbe kharadja (=sortir). Ali,de son coté, les qualifia d'hérétiques et d'hétérodoxes. Le schisme kharidjite, aussi important dans l'histoire de l'Islam que le schisme protestant dans le monde chrétien, venait de naître. Il n'allait pas cesser de provoquer mille querelles au cours des siècles à venir. Les suites de la bataille de Siffin furent tragiques : l'année suivante, Ali retrouve ses adversaires à Nahrawan et les écrase sans pitié. Le désordre est à son comble parmi la Communauté des Croyants, écartelés entre Ali, Mouaouia et les Kharidjites. Trois années plus tard, en 661, Ali est assassiné par Abd ar-Rahman Ibn Muldjam, un Kharidjite, ou supposé tel.
La mort de Ali met fin à la période des Califes dits Orthodoxes ou les 'bien guidés' (al-Rashidun); mais, elle marque, également, le début du clivage qui existe entre Musulmans les divisant en :

-Sunnites, ou orthodoxes (la très grande majorité des Musulmans actuels), partisans du Coran et de la 'Sunna' (la Tradition du Prophète et de ses compagnons). Ils accèptent la situation historique telle qu'elle s'impose et reconnaissent donc la légitimité des Quatre premiers Califes, dits de Médine, et pour qui la succession du Prophète doit, nécessairement, être issue de la tribu du Prophète, les Quoraiches, mais pas nécessairement de sa lignée directe.

-Chiites, adeptes de Ali, de son parti (chiia). Ils dénient toute légitimité aux trois premiers califes car ils estiment que le califat doit être héréditaire et rester dans la famille du Prophète par son gendre Ali, époux de Fatima, fille du Prophète, ses petits enfants Hassan et Hussein et leur descendants. De plus le Chiisme ne reconnaît pas l'interprétation communautaire du Livre et de la Tradition; il proclame que l'autorité doctrinale est dévolue à l'Imam (le Préposé), dont l'Infaillibilité le place comme médiateur entre Allah et ses créatures (ce qui résonne comme un blasphème aux oreilles des Sunnites), et Ali en serait le premier. De la succession des Imams vont naître plusieurs sectes parmi les Chiites, dont les principales sont : -les Duodécimains ou Imamites, qui suivent la descendance de Hussein jusqu'au douzième Imam, disparut mystérieusement en 874, et considéré comme le Mahdi (le bien guidé) ou Imam caché, dont les Chiites attendaient le retour pour assurer le triomphe de la paix et de la justice sur terre.

les Ismaïliens, partisans du septième Imam, Ismaïl, et dont se réclament les Fatimides, les Qarmates, les Druzes..

-Kharidjites, dissidents, hostiles à toute idée dynastique, pour lesquels n'importe quel Musulman peut aspirer à être Calife, s'il en est digne et compétent, sans distinction de race ou de clan. Ils se divisent eux-même en plusieurs tendances : Ibadite, Sofrite, Azraqite, Nakkarite..

Le Califat de Médine, qui dura trente deux ans et fut témoin d'une lutte perpétuelle entre factions rivales, surtout sous les deux derniers califes, lourde de conséquences pour l'unité des Musulmans, n'en fut pas moins l'époque des conquêtes rapides. La nouvelle religion se propageait, en effet, avec la rapidité d'un incendie de steppes, faisant parvenir l'élite de ses troupes jusqu'aux confins de l'ancien Empire d'Alexandre le Grand et même au-delà.

Rédaction du frère Mhamed

l'imâm Al-Bukhâry - 194/256

Son nom complet et sa date de naissance :

Abu 'Abd-ul-Lâh Muhammad ben 'Ismâ'îl ben lbrâhîm ben al-Mughîra ben Bardazba al-Dju'fiy, l'imam des érudits du hadith en son temps, naquit à Bukhârâ après la prière du vendredi, c.-à-d. le 13ème jour de Chawwâl de l'an 194 de l'Hég.
AI-Mustanîr be'n 'Atîq dit que Muhammad ben 'Ismâ'îl en personne lui avait montré sa date de naissance écrite par la main de son père.

Son père :

Le père d'al-Bukhâry était connu parmi les uléma. Homme de piété, il était aussi riche; il paraît qu'il avait un certain commerce. Homme de science, il avait des travaux sur la sunna: AI-Hâfid ben Hibbân, dans son œuvre " ath. Thugât", l'avait classé dans la quatrième génération des rapporteurs.
Il avait dit: "II rapporte de Hammâd ben Zayd et de Mâlik". Les Irakiens rapportaient aussi de lui.
Quant à son fils al-Bukhâry, il l'avait cité dans son at-Târîkh al-Kabîr (l/ l : 342): "'Ismâ'îl ben 'lbrâhîm ben al-Mughîra - II a rencontré Hammâd et lbn al- Mubârak; il a aussi entendu Mâlik".
Ce témoignage veut dire qu' 'Ismâ'îl ben 'lbrâhîm était sorti en pèlerinage avant 179 de l'Hégire, qu'il était passé par Médine où il avait rencontré Mâlik, par l'Irak, où il s'était réuni avec les traditionalistes irakiens et qu'il avait aussi rencontré Hammâd de qui il avait reçu des hadith alors qu'il était en voyage entre le Hidjâz et l'Asie Mineure -.
Quant à lbn al-Mubârak, il était son compagnon de route. Il décéda trois ans après la mort de Mâlik et de Hammâd.

Son grand-père et sa famille :

Quant au grand-père d'al-Bukhâry, 'lbrâhîm ben al-Mughîra, Al- Hafid ben Hadjar écrit dans son œuvre Hadyu as-Sâry p. 478: "Nous n'avons pas trouvé d'éléments racontant sa biographie".

Mais concernant al-Mughîra, le père d'ibrâhîm, il y a plusieurs éléments d'information sur sa biographie. Il fut le premier de la lignée d'al-Bukhâry à embrasser l'Islam.
Sa conversion fut l'œuvre d'un de ses concitoyens, un auxiliaire de la tribu Dju'fy, du nom d'al-Yamân, celui-là même qui est l'aïeul du traditionniste al-Hâfid 'Abd-ul-Lâh ben Muhammad ben 'Abd-ul-Lâh ben Dja'far ben al-Yamân al-Masnady al-Dju'fy.
Il faut dire que la tribu Dju'fy avait le mérite d'être missionnaire pour la cause de Dieu à Bukhârâ et en Asie Mineure -, plus particulièrement durant la préfecture de Sa'id ben Dja'far à Khurasân.

Cette tribu, originaire du Yémen, remonte à Dju'fy ben Sa'd al-'Achîra ben Midhadj. Et ce dernier est connu pour être le frère de Tayyle grand-père de Hâtim, ainsi que le frère d'AI-'Ach'ar, le grand-père d'Abu Musa al-'Ach'ary.

La mission de cette tribu avait tellement porté ses fruits que nombre de Turcs d'Asie Mineure convertis à l'Islam se considéraient comme faisant partie d'elle en disant: "Nous sommes comme ses propres fils". De plus, cette tribu pouvait s'enorgueillir davantage si elle savait que de ses rangs était sorti l'imam al- Bukhâry qui avait rendu de grands services pour l'Islam.

Quant au nom de Bardzaba, le père d'al-Mughîra, il signifie, selon quelques- uns, " cultivateur"; mais dans " al-'Adab al-Mufrad", avant les deux hadith de la première rubrique, il est cité sous le nom d'al-Ahnaf. Le cadi lbn Khallikân, en se référant à Abu Nasr, avait aussi mentionné le nom d'al-Ahnaf dans son livre "al- lkmâl" puis avait enregistré cette remarque disant qu'il n'avait pas trouvé la date de décès du père d'al-Bukhâry.
Cependant, il est quasiment certain que la mort du père était survenue alors qu'al-Bukhâry était encore petit. Ce fut alors la mère qui se chargea de l'éducation de son fils.

Il est probable qu'al-Bukhâry avait, pour la première fois, entendu le hadith en 204 ou avant cette date. A ce propos, son disciple Muhammad ben Yûsuf al- Farabry rapporte que Muhammed ben Abu Hâtim, le copiste d'al-Bukhâry, dit qu'il avait reçu le don d'apprendre le hadith à l'école coranique alors qu'il avait dix ans ou moins.

Les débuts de l'émergence du talent d'al-Bukhâry :

Dès son jeune âge, al-Bukhâry excellait dans la mémorisation des hadith et même dans la biographie des râwy à tel point qu'on avait l'impression qu'il vivait avec eux. Il connaissait tout sur le râwy et son environnement; il retenait aussi les noms de ceux qui avaient rapporté les hadîth à ce râwy et même les noms de ceux qui rapportaient de lui.

Quand quelqu'un, en rapportant la tradition, se trompait dans Yisnâd des râwy, al-Bukhâry le corrigeait, car ce dernier connaissait les noms du râwy, de ses élèves, de ses maîtres ainsi que leurs époques et leurs pays. Al-Bukhâry lui-même nous en donne un exemple vécu durant sa vie d'élève:
[A cette époque,] j'assistais aux cours dispensés par ad-Dâkhily et d'autres maîtres. Un jour, ad-Dâkhily, alors qu'il lisait aux gens, avait dit: "Sufyân a rapporté d'Abu az-Zubayr et ce dernier d'ihrâhîm" (c.-à-d., an-Nukha'y). Je lui avais alors répondu: "Abu az-Zubayr n'a pas rapporté d'ibrâhîm". Il me demanda de me taire mais moi, je repris: "Consulte l'original s'il est en ta possession!" Il rentra, vérifia puis revint et dit: "Qui est-ce alors, ô jeune homme?" Je lui répondis en ces termes: "C'est az-Zubayr (le fils d'ibn 'Ady), d'ibn lbrâhîm". Il (ad-Dâkhily) prit donc la plume et corrigea en me disant: "tu as raison."

Al-Bukhâry avait alors onze ans.
A cet âge, notre imam écoutait les hadith rapportés par les uléma de sa ville, comme Muhammad ben Salâm al-Baykandy, 'Abd-ul-Lâh ben Muhammad al- Musnady al-Dju'fy et leurs pairs. Quand il eut atteint l'âge de seize-ans, il avait déjà appris par cœur les livres d'ibn al-Mubârak, de Waqî' ben al-Djarrâh et assimilé les avis des faqîh (témoignage d'al-Bukhâry). Le pèlerinage al-Bukhâry :

En l'an 210 de l'Hégire, il fit son premier voyage en direction de la Mecque accompagné de sa mère et de son frère Ahmad pour accomplir le pèlerinage. Dans ce voyage, il profita beaucoup de ses passages dans les centres de culture musulmane, qui lui avaient permis d'apprendre le hadith et la sunna. Dans chaque ville, sur son chemin vers les lieux saints, il contactait les érudits et les faqîh pour profiter de leur savoir religieux: il avait écouté de Makky ben 'lbrâhîm al-Balkhy al-Hâfid (à Baikh), d'Abu 'Asim 'Amrû ben 'Asim al-Qays et Muhammad ben 'Abd-ul-Lâh ben al-Muthannâ al-'Ansâry (à Basra), de 'Ubayd-ul-Lâh ben Musa al-'Abs (à Kûfa), de 'Abd-ul-Lâh ben Zayd al-Muqri' (à La Mecque), de 'Affân ben Moslim al-Basry (à Bagdad), d'Abu al-Yamân al-Hakam ben Nâfi' al- Bahrâny (à Emèse), d'Abu Mushar 'Abd-ul-'A'lâ ben Mushar al-Ghassâny (à Damas) d''Adam ben lyyâs (à 'Asqalân), de Muhammad benYûsuf ben Wâqid al-Firyâby (en Palestine).

D'autre part, Sahl ben as-Sary rapporte qu'al-Bukhâry avait dit: "Je suis passé par deux fois, en Syrie, en Egypte et en Arabie; par quatre fois à Basra. Dans le Hidjâz, j'ai séjourné six ans. Quant à mes passages par Kûfa et Bagdad, je ne les compte plus..."(1)

Ses Cheikh :

Al-Bukhâry avait rapporté la tradition de plus de mille cheikh. Dans un témoignage, ces cheikh ont atteint le nombre de 1080.Comme cité par l'imâm lbn Hadjar al-'Asqalâny, les cheïkh d'al-Bukhâry se répartissent en cinq générations.

- Première génération : Ceux qui lui ont rapporté des hadith donnés par les compagnons des Compagnons du Prophète (ç); comme Muhammad ben 'Abd-ul- Lâh al-'Ansary, Abu 'Asim an-Nabîl, Abu Nu'aym, Khalâd, Ali ben Ayyâch Makky ben lbrâhîm, 'Ubayd-ul-Lâh ben Mûsâ, et leurs pairs.

- Deuxième génération :réunissant ceux qui ont vécu dans la même époque mais qui n'ont pas écouté directement des compagnons des Compagnons, comme: Adam ben Abu lyyâs, Sa'îd ben Abu Mariyam, Ayyûb ben Sulaymân, et leurs pairs.

- Troisième génération :C'est la génération moyenne caractérisant les cheïkh qui n'ont pas rencontré les compagnons des Compagnons mais ont rapporté des célèbres disciples de ces compagnons, comme Sulaymân ben Harb et Na 'îm ben Hammâd.

- Quatrième génération :Ses collègues qui ont le même intérêt porté à la Tradition et ceux qui ont recueilli les hadith par audition les hadith quelque peu avant lui comme Abu Hâtim ar-Râzi.

- Cinquième génération :Ce sont ceux qui entrent dans le cadre de disciples, comme 'Abd-ul-Lâh ben Abu AI-'As al-Khawârizmy et Husayn ben Muhammad al-Qabbâny.

Ses disciples :

Nombre de personnes ont fait appel à al-Bukhâry pour rapporter des hadith, telles qu'Abu Nasr ben Mâkûlâ, lbrahîm ben Ma'qal al-Nusafy, Hammâd ben Châkir an-Naswy, Muhammad ben Yusuf 'Abd-ul-Lâh ben Muhammad al- Masnady, 'Abd-ul-Lâh ben Munir, Abu Zura'a, Muslim ben al-Hadjâdj, lbn Khuzama, al-Marûzy, an Nisâ'y, al-Bazâr, at-Tirmuzi, lbn Abu ad-Dunyâ, al- Baghawy, an-Naysâbûry, etc. Al-Khatîb al-Baghdâdy rapporte ceci d'al-Firabry: "Avec moi, près de soixante-dix mille hommes ont recueilli par audition le Sahîh de la bouche d'al- Bukhâry, mais à part moi, aucun d'eux n'est resté".

Ses plus importants voyages. Ce sont ceux qu'il fît :

- à Baghdad (8 fois): à chaque voyage il rencontrait l'imâm Ahmad qui ne cessait de lui demander de s'installer dans cette ville et de lui reprocher de rester à Khurâsân.

- en Syrie, en Egypte et en Arabie (2 fois)

- à Basorah (4 fois) - au Hidjâz où il avait séjourné pendant six ans

- à Kufa (nombre de fois indéterminées)

Ses qualités morales et Son Savoir :

On disait à" al-Bukhâry qu'il se réveillait la nuit plusieurs fois et allumait la lampe à huile afin d'écrire des notes puis se recouchait après avoir éteint la lampe. On disait que la moyenne de ses réveils nocturnes avoisinait la vingtaine de fois. Une fois, à Samarkand, quatre cents traditionnistes le mirent à l'épreuve en mélangeant les isnâd des hadith et les hadith aussi. Al-Bukhâry réussit sans la moindre erreur à tout remettre en ordre, isnâd et hadith, au grand étonnement du public. Il fit de même à Baghdad. On disait aussi de lui qu'il lui suffisait de lire une seule fois un livre pour qu'il l'apprenne par cœur.

On le connaissait respectueux des règles religieuses. Al-Bukhâry (r) accomplissait toujours treize prières chaque nuit; et durant ramadan, il achevait chaque nuit la lecture du Coran.

Sur le plan social, il avait une situation aisée, ce qui lui permettait de donner l'aumône et de faire bonne œuvre.

Son passage à Naysâbûr :

Al-Bukhâry entra à Naysâbûr en 250 et il y resta quelques temps à enseigner les hadith avant de le quitter contraint par les événements. Tout avait bien commencé pour lui si bien que les gens se bousculaient devant la classe qu'il avait aménagée chez lui, les maîtres envoyaient leurs élèves chez lui pour apprendre le hadith. En témoigne cette recommandation de Muhammad ben Yahya adh- Dhuhaly à ses élèves: "Allez à cet homme de bien et de science et écoutez-le! " Son cours était constamment comble jusqu'au moment où certains cheikh s'étaient opposées à lui par jalousie; une rumeur s'était alors mise à circuler qui disait qu'al-Bukhâry soutiendrait la thèse suivante: "Ma parole, en récitant le Coran, est créée". Cela avait suffi pour la levée des boucliers contre l'imam de Bukhârâ. Un homme s'était levé dans le cours et lui avait demandé: "0 'Abd-ul-Lâh, qu'en dis- tu des paroles lors de la récitation du Coran, sont-elles créées ou non-créées ? "Al- Bukhâry n'avait pas répondu la première fois mais sur l'insistance de l'homme, il répondit ceci: "Le Coran est la Parole de Dieu, les actes des hommes sont créés..." Et l'homme de s'écrier: "II vient de reconnaître que sa parole, en récitant le Coran, est créée!" Là, Muhammad ben Yahya ad-Dhuhaly avait décrété le boycott de la classe d'al-Bukhâry en disant: "... On ne doit ni l'entendre ni lui parler. Celui qui va à Muhammad ben Ismâ'îl après ce qui s'est passé, accusez-le! Car celui qui assiste à sa classe soutient sa théorie ! Et il ne lui est donc pas permis d'assister à notre cours". La suite des événements avait précipité le départ à " al-Bukhâry qui retourna dans sa ville où il fut triomphalement accueilli. Mais avant de quitter Naysabûr, il avait tenu à insister sur ceci: "Celui qui, de Naysabûr, prétend que j'ai dit que ma parole, en récitant le Coran, est créée, celui-là est un menteur. Je n'ai pas dit cela ; cependant j'ai dit que les actes des hommes sont créés". Il avait dit aussi : "La foi se traduit par des paroles et des actes; elle augmente et diminue; le Coran est la Parole de Dieu qui est non-créée. Les meilleurs Compagnons du Messager de Dieu (ç) sont Abu Bakr puis 'Omar puis 'Uthmân puis Ali. Sur cela j'ai vécu, sur cela je mourrai et sur cela je serai ressuscité, par la volonté de Dieu".

Al-Bukhâry et l'émir Khâlid :

Ce dernier, l'émir Khâlid ben 'Ahmad az-Zuhaly, le gouverneur de Bukhârâ, avait par l'intermédiaire d'un émissaire, demandé à al-Bukhâry de se présenter avec ses livres "al-Djami'" et "at-Târîkh", afin d'être écouté par ses fils (les fils de l'émir). Mais al-Bukhâry avait refusé d'aller au palais en signifiant à l'émir que s'il voulait apprendre, il n'avait qu'à se déplacer chez lui. Dans une autre version, al- Bukhâry avait tenu ces propos: "Dis-lui que je ne me permets pas de rabaisser la science ni de la porter devant les portes des sultans. S'il en a quelque besoin, il n'a qu'à venir dans mon oratoire ou chez moi. "Et, si cela ne te plaît pas, tu es un sultan et tu peux m'interdire de professer. [J'espère] que cela me soit une excuse devant Dieu le jour de la Résurrection"...". La mésentente avait pris alors forme et s'était compliquée jusqu'au point ou elle se termina par l'exil à" al-Bukhâry à Baykand. Mais, un mois plus tard, le règne de l'émir chuta et al-Bukhâry parvint à regagner Kartank, une petite agglomération non loin de Samarkand.

Sa maladie et sa mort :

Quand il s'installa à Kartank, chez de proches parents, il ne cessa de prier Dieu afin d'être rappelé à Lui. Dans ces prières, il ne cessait de répéter: "0 Dieu, la terre m'est devenue insupportable. Rappelle-moi à Toi". Le jour où il tomba malade, il s'apprêta à prendre sa monture pour aller donner des conférences aux habitants de Samarkand qui l'avaient invité. Au moment où il allait prendre sa monture, il ressentit une certaine faiblesse; il demanda de l'aide et on l'aida effectivement. Il pria alors, s'allongea sur le côté, puis s'éteignit. Sa mort était survenue la nuit qui précéda la Fête de la rupture du jeûne. C'était la nuit d'un samedi après la prière du 'ichâ'. Le lendemain, après la prière du duhr, on pria sur sa dépouille, alors ensevelie dans trois pièces d'étoffé blanches. Quand il fut enterré, une odeur agréable se dégagea de sa tombe et se répandit dans les alentours durant des jours. A sa mort en 256 de l'Hégire, al-Bukhâry (r) avait 62 ans moins 13 jours.

Source de ce document :Al-'Adab al-Mufrad par Muhiy ed-Dîn al-Khatîb

L'imam Mâlik Ibn Anas (qu'Allah ait son âme) - 97H/179H
 

Son nom complet :

Abou Abdallah Mâlik ibn Anas ibn Mâlik ibn Abi 'Amir ibn 'Amr ibn Hârith Al-Asbahi ibn Ghaymân ibn Khouthayl ibn 'Amr - qui est Dhoû Asbah – ibn 'Awf, ibn Mâlik, ibn Zayd, ibn Chaddâd, ibn Zour'a.
Il porte le surnom de Imam al-Madina "l'Imam de Médine."
Le deuxième imam fondateur de rite, après Abou Hanifa. D'origine arabe de la tribu des Himryates, naquit à Médine en 97H./710G.fut l'élève du traditionniste Dohri et du lecteur de Coran Nafi'. Sa vie s'écoule à Médine dans l'exercice de l'enseignement.

Son éducation scientifique:

Mâlik grandit et s'épanouit au sein d'un foyer dont les membres étaient connus pour leur érudition dans les sciences traditionnelle, une famille versée intégralement dans la science du hadith prophétique. Son grand-père Mâlik ibn 'Amir faisait partie de la génération des grands Suivants; il transmit d'après 'Oumar ibn al Khattâb, 'Outhman ibn 'Affan, Talha ibn 'OUbayd Allah, et 'Aicha, la Mère des croyants. Ses transmissions furent rapportées par ses fils Anas (le père de Mâlik), Rabî', Nâfi', dont le sobriquet est Abi Souhail, qui semble-t il fut le plus connu par la transmission.
Tout le mérite en incombe donc à cette famille qui a pu inciter le jeune Mâlik à se mettre à la quête de la science du hadith et à la collecte des avis des Compagnons, chaque fois que ses prédispositions le lui permettaient. Ses aptitudes et ses penchants et son orientations se nourrissaient de ce milieu familial, et fleurissaient sous l'ombre où pouvaient s'accroissé les potentialités et les penchants.

Ses Oeuvres:

Il composa de nombreux ouvrages dont :

1-.Kitab as-Sounan transmis par ibn Wahb

2-.Kitab Al-Manasik, transmis par As-Souyouti

3-.Kitab Al-Moudjalasa, transmis par ibn Wahb

4-.Rissala fi Al-Aqdiya transmis par Abdallah ibn Abdel Dajalil

5-.Rissala fi Al-Fatwa transmis par Khalid ibn Nadhar

6-.Tafsir: commentaire du Coran

7-.Rissala fi Al-Qadar wel Rad 'ala Al-Qadariya

8-.Kitab en-Noudjoum " Livre des étoiles"

9-.Kitab as-Serr " livre du secret" transmis par As-Souyouti.

10-.Un volumineux ouvrage de droit, la "Moudawwana al koubra", dont il n'est pas directement l'auteur, mais qui fut écrite par ses disciples, en se fondant sur son enseignement. Elle lui est donc attribuée.

L'œuvre principale de Mâlik: Le "Kitab Al Mouwatta'"

L'œuvre principale de Mâlik est le Kitab Al-Mawatta' "le livre de la Voie aplanie", le premier ouvrage juridique de l'Islam. Ce livre a pour dessein de donner un tableau de la loi et du droit, du rite et de la pratique de la religion d'après la communauté reconnue dans l'Islam médinois, d'après la Sunna courante de Médine. De fournir un correctif théorique pour tout ce qui n'était pas encore fixé, en partant de l'idjtima et de la Sunna à une époque où l'on reconnaissait et respectait la loi religieuse sous les premiers Abassides. Il y avait un intérêt pratique à indiquer "un chemin aplanie", c'est à peu prés le sens de Al-Mawatta. C'est ce besoin pratique que Mâlik voulait satisfaire en se fondant sur la pratique du Hijaz. Il voulait codifier et systématiser la loi devenue coutumière à Médine. Pour cela, la tradition qu'il interprète du point de la pratique ne représente pas à ses yeux un simple moyen, de même les juristes les plus anciens ne sont jamais cités que comme autorité en faveur de Mâlik. Il n'avait en vue, que de fixer les formes de la Sunna d'après les documents accessible.
Ibn Khaldoùn, dans sa "Mouqaddima", rapporte que le calife abasside à dit à Mâlik: "Oh, Abou 'Abdallah, il ne reste plus de savant sur terre excepté toit et moi, je suis occupé à gouverner, écris donc un livre qui soit utile à la communauté, évite les facilités d'ibn 'Abbâs, la rigidité d'Ibn 'Oumar et la marginalité d'Ibn Mas'oûd, Facilite-le pour les gens". Mâlik aurait dit ce jour là: "il m'a appris le classement".
Notons qu'à cette époque, le Mouwatta est le livre le plus authentique en matière de Hadith, et ce, jusqu'à l'arriver de l'imam al-Boukhari.

Les mauvais traitements subis en prison:

Lorsque Mohammad ibn Abdallah surnommé "l'âme pure" se révolta à Médine en 145 contre le calife Al-Mansour, ses partisans allèrent trouver Mâlik et lui demandèrent ce que valait le serment de fidélité qu'ils avaient prêtés à Al-Mansour. Il répondit, qu'il était nul, comme ayant été arraché par la force. Ils le prièrent de prêter serment lui-même au prétendant, il s'y refusa. Mas'oudi raconte quand la révolte fut matée, il fut mis à la torture et sévèrement flagellé, on lui-même brisé les deux bras.

Lorsqu'en 145, Mouhammad s'empara de Médine par un coup de main, Mâlik déclara dans une fatwa que le serment prêté à Al-Mansour ne pouvait obliger une conscience parce qu'il avait été extorqué par la force. A la suite de quoi un grand nombre d'habitants qui seraient demeurés sur la réserve se déclarèrent pour Mouhammad. Mâlik ne prit pas de parti actif au soulèvement. Malgré cela en 147, après l'échec du mouvement, il fut emprisonné et puni de fustigations par Dja'ffar ibn Souleyman, gouverneur de Médine. Il lui en resta une déviation de l'épaule et fracture des deux bras. Les mauvais traitements subis en prison dont parle Abou Hanifa sont calqués sur cet épisode de la vie de Mâlik.

Lors d'un pèlerinage que Haroun Rachid fit peu de temps avant la mort de Mâlik, il tint à assister à son cours à Médine.

Particularité de la pensée juridique chez l'Imam Mâlik ibn Anas
:

Il représente Médine où ils ont été posés les fondements décisifs du droit islamique. Un des buts essentiels que se propose la pensée juridique qui nous apparaît dans le Mouwatta et de pénétrer toute la vie juridique de pensées religieuses et morales. Cette particularité de la pensée juridique en Islam est nettement visible aussi bien dans la formulation des questions que dans la structure même de la manière juridique. Ces points de vue moraux et religieux, est le droit coutumier de Médine, qui loin d'être quelque chose de primitif, est adapté au contraire à une vie sociale assez développée et qui est pour nous le représentant principal du vieux droit coutumier arabe dans son ensemble. Il nous apparaît chez Mâlik comme la Sounna, qui est relevée par lui avec beaucoup de soin. Mâlik a favorisé la systématisation en matière juridique, succès surprenant que le Mouwatta obtint parmi beaucoup d'ouvrages du même ordre. Le Mouwatta enregistre l'opinion générale. Il conviendrait donc de considérer le Mouwatta comme un témoignage.

Mâlik fut tenu en grande considération grâce à sa critique stricte pour débusquer les vrais des faux Hadith.

Mâlik fut tenu en très haute estime par ses contemporains. De son vivant, il jouissait d'une grande notoriété. Ce sont ses disciples qui l'élevèrent au rang de chef d'école. Mâlik se mit contre les prédicateurs qui falsifiaient la tradition. Il donnait par écrit des textes à ses élèves.

Les plus importants Savants ayant transmis des traditions à son sujet sont :

'Abdellah ibn al-Moubârak, al-Awzâ'i, ibn Djouraydi, Ahmad ibn Zayd, al-Layth ibn Sa'd, ibn Salama, Chou'ba, at-Thawri, ibn 'Ouleiya, Yazid ibn 'Abdellah, Ash-Shâfi'i ainsi que ses professeurs ad-Douhri et Yahya ibn Sa'id. Un jeune étudiant du nom d'Abou Yahya al-Laythi âgé alors de vingt-huit ans, d'origine berbère, venant d'Espagne musulmane auprès de Mâlik à Médine et s'attacha à lui. Un jour, qu'il se trouvait à son cours peu de temps après son arrivée, quelqu'un cria : " Il y a un éléphant". C'était une rareté à Médine. Tous les élèves de Mâlik sortirent voir la bête, seul Yahya resta. " Pourquoi ne sors-tu pas avec les autres lui demanda Mâlik, il n'y a pourtant pas d'éléphants dans ton pays ? " Il lui répondit : " Je ne suis venu d'Espagne que pour te voir, répondit Yahya et pour recevoir de toi la direction et la science. Je n'ai pas à regarder d'éléphant. "Mâlik dit : " Celui-ci est l'intelligence de l'Espagne". Et ce surnom lui resta. De retour chez lui en Espagne, il acquit une grande prépondérance et y devient le plus important docteur. La doctrine de Mâlik fut propagée en Espagne par l'intermédiaire de Yahya al-Laythi. Docteur de la Chari'a (Finalité de la Loi Islamique).

Il rassembla les traditions musulmanes dans un kitâbe (livre) al-Mouwatta, "le livre, la voie aplanie".

Ash-Shâfi'i lui accorda une place à part parmi les savants médinois.

La mort de Mâlik ibn Anas:

Il mourut à Médine en 179H./795G. après une courte maladie. Il était âgé de quatre-vingt-sept ans environ, et fut enterré au cimetière d'Al-Baqi'i qui se trouve à Médine. C'est la gouverneur de Médine, 'Abdellah ibn Zaynab, qui prononça ce jour la prière sur lui. On n'a jamais élevé de dôme sur sa tombe, jamais. On trouve chez ibn Khalliqân, des vers où Ja'far ibn Ahmad al-Sarradj déplore la mort de Mâlik. Avant de rendre l'âme, il aurait prononcé la formule de l'attestation de foi et ajouté : " A Dieu appartient la décision avant et après".

Qu'Allah l'enveloppe dans Sa Miséricorde.

L’IMÂM ABOÛ HANIFA AN-NOU‘MÂN (80H-150H)
(Que Dieu lui accorde miséricorde)

Sa naissance et sa lignée

Selon la plupart des sources Aboû Hanifa est né à Koûfa en l’an 80 de l’Hégire. Même s’il y a un accord quasi total sur le sujet, il y a une source qui situe sa naissance en 61 de l’Hégire, mais cela ne correspond pas avec les événements de sa vie, puisqu’il est certain qu’il ne décéda pas avant l’an 150 de l’Hégire. La plupart affirment qu’il décéda après qu’Al-Mansoûr instaurât l’inquisition. S’il était né en 61 de l’Hégire, il aurait eu 90 ans à cette époque.

Son père se nommait Thâbit Ibn Zawtî al-Fârisî, un Persan. Son grand-père faisait partie du peuple de Kabil qui fut capturé durant la conquête de la région par les Arabes. Il fut réduit en esclavage par un membre de la tribu des Banoû Taym et puis libéré. Il dépendait donc de cette tribu, et ainsi il était Taymi par affiliation ou alliance. Cette information nous est parvenu par le petit-fils d’Aboû Hanîfa, ‘Oumar Ibn Hammâd, mais Ismâ‘îl, le frère de ‘Oumar, dit qu’Aboû Hanîfa était An-Nou‘mân Ibn Thâbit Ibn an-Nou‘mân Ibn Al-Marzbân. Il dit : « Par Allâh ! Nous n’avons jamais été esclaves. »

Des sources fiables affirment qu’il était Persan et non Arabe ou Babylonien. Que son grand-père ait été fait esclave ou pas, lui et son père naquirent libres! Dans tous les cas, le fait qu’il ait été un affranchi, ne diminue en rien sa valeur. Les principaux représentants du fiqh qu’Aboû Hanîfa rencontra à l’époque des tâbi‘oûn, et de qui il avait déduit le fiqh, étaient des clients* des tribus, plutôt que des Arabes. La plupart des fouqahâ’ à l’époque des tabi‘oûn et bien évidemment les générations qui suivirent étaient des affranchis.

Dans le ‘Iqd al-Farîd, Ibn ‘Abdou Rabbih dit :

Ibn Abî Laylâ dit : « ‘Îsâ Ibn Moûsâ un homme religieux et sectateur, me demanda « Qui est le faqîh d’Iraq ? »

Je répondis : « Al-Hasan Ibn Al-Hasan (al-Basrî). »

“Et puis qui ?”

Je dis: “Mouhammad Ibn Sîrîn !”

« Qui sont ces deux personnes ? », demanda-t-il.

Je répondis : « Deux mawâlî »

« Qui est le faqîh de La Mecque ? », demanda-t-il.

«‘Atâ’ Ibn Abî Rabâh, Moujâhid, Sa‘îd Ibn Joubayr ou Salmân Ibn Yasâr », lui répondis-je.

« Qui sont-ils ? »

« Des mawlâ ! »

« Qui sont les fouqahâ’ de Médine ? »

« Zayd Ibn Aslam, Mouhammad Ibn Al-Mounkadir, et Noujayh Ibn Abî Noujayh », lui répondis-je.

« Qui sont-ils ? »

« Des mawâlî ! »

Son visage changea de couleur. Puis il demanda : « Qui, des gens de Qoubâ’, connaît le plus de fiqh? »

«Rabi‘at ar-Ra’y et Ibn Abî Az-Zinâd », répondis-je.

« Qui sont-ils ? »

« Des mawâlî ! »

Il prit un air renfrogné et demanda alors : « Qui est le faqîh du Yémen ? »

« Tâwoûs, son fils, et Ibn Mounabbah », lui répondis-je.

« Qui sont-ils ? »

« Egalement des mawâlî ! »

Ses veines affleurèrent et il se leva. « Qui est le faqîh de Khourâsân ? »

«‘Ata’ Ibn ‘Abd Allâh al-Khourasânî.» « Qui est ce ‘Ata’? »

“Un mawlâ”, dis-je.

Son renfrognement s’aggrava, et il me fixa jusqu’à ce que je prenne peur. Puis il dit : « Qui est le faqîh de Syrie ? »

« Makhoûl », lui répondis-je.
« Qui est cet Makhoûl ? »

« Un mawlâ », dis-je.

Il commença à respirer fortement et demanda alors : « Qui est le faqîh de Koûfa ? »

Par Allâh, si ce n’était par peur de lui, je lui aurais dit : « Al-Hâkim Ibn ‘Outba et Hammâd Ibn Abî Soulaymân », mais vu son état violent, je répondis : « An-Nakha‘î et Ach-Cha‘bî.»

« Qui sont-ils ? », demanda-t-il.

« Deux Arabes », répondis-je.

« Allâh est Le Plus Grand ! », s’exclama-t-il et il se calma.

Son éducation:

Aboû Hanîfa a grandi à Koûfa où il a été éduqué et a passé la plus grande partie de sa vie comme étudiant, débatteur et enseignant. Les sources en notre possession ne mentionnent pas la vie de son père et sont muettes sur ses occupations, cependant, certaines choses concernant son histoire peuvent être déduites. Il a dû être un marchand prospère et un bon musulman. Dans la plupart des livres qui relatent la biographie d’Aboû Hanîfa, il est dit que dans sa jeunesse, son père avait rencontré ‘Alî Ibn Abî Tâlib et que son grand-père donna à ‘Alî quelques fâloûdhaj le jour de Nayroûz. Ceci indique que sa famille était prospère vu qu’ils avaient la possibilité d’offrir des bonbons au calife, que seuls les riches mangeaient.

Il est rapporté que ‘Ali pria pour Thâbit et ses descendants lors de leur rencontre. Ceci indique qu’il devait être musulman. Les livres d’histoires stipulent explicitement que Thâbit naquit en Islam et qu’Aboû Hanîfa grandit dans un foyer musulman, élément confirmé par tous les savants.

Aboû Hanîfa fréquenta les marchés avant de fréquenter les savants. Le fait qu’il s’engagea dans le commerce, nous permet de déduire que son père fut marchand. Il est probable qu’il ait été marchand de soie de khazz et qu’Aboû Hanîfa imita son père, comme il est de coutume aujourd’hui encore. Il est également probable qu’il mémorisa le Coran, comme c’était d’usage pour la plupart des riches de la ville. Cette supposition concorde avec le fait connu qu’Aboû Hanîfa faisait partie des personnes qui récitaient fréquemment le Coran. Il est rapporté qu’il psalmodiait tout le Coran sept fois durant le mois de Ramadan. Même si cela semble exagéré, cette information confirme qu’il récitait souvent le Coran. Beaucoup de sources signalent qu’il apprit à réciter le Coran auprès de l’imâm ‘Âsim, le dépositaire d’une des sept lectures (qirâ’ât) du Coran.

À cette époque, Koûfa était l’une des deux grandes villes iraqiennes. L’Iraq était le foyer de différentes religions, sectes et nombreuses anciennes civilisations. Les chrétiens syriens y étaient répandus, ils y possédaient des écoles avant l’arrivée de l’Islam où l’on étudiait la philosophie grecque et la sagesse ancienne persane. Avant l’Islam, l’Iraq fut également le centre de différentes sectes chrétiennes où le dogme était débattu. Après l’Islam, l’Iraq devint un creuset de différentes races et un endroit où régnaient la confusion et le désordre. Il y avait des querelles d’opinions sur la politique et la religion.

Les shiites et les mou‘tazilites y étaient présents, ainsi que les kharijites retranchés dans le désert. Il y avait aussi les Tâbi‘oûn qui s’évertuaient à acquérir la connaissance des Compagnons qu’ils rencontraient. La connaissance du Dîn y était transmise librement. Aboû Hanîfa observa ces différents courants et son intellect s’affûta et passa au crible les points de vue divergents. Il semble que déjà au cours de sa jeunesse, il débattait et discutait avec les partisans des différentes sectes. Ceci montre sa disposition naturelle à l’honnêteté. Cependant, il se concentra essentiellement sur le commerce, fréquentant plus les marchés que les savants, jusqu’à ce qu’un savant remarqua son intelligence, et pensa qu’il ne devait pas s’investir uniquement dans le commerce. Il lui dit qu’il devait fréquenter les savants autant que les marchés. Il est rapporté qu’Aboû Hanîfa dit : « Un jour je passai devant Ach-Cha‘bî qui était assis. Il m’appela « Où vas-tu ? » Je lui dis ‘au marché’. Il me dit : ‘Je ne fréquente jamais les marchés. Je m’intéresse uniquement aux savants.’ Je lui dis : ‘Je les fréquente rarement.’ Il me dit : ‘Ne sois pas insouciant. Tu dois t’intéresser au savoir et fréquenter les savants. Je remarque en toi vivacité et énergie.’ Ceci toucha mon cœur et je cessai de fréquenter les marchés pour me diriger vers le savoir par la grâce d’Allâh.» (Les vertus d’Aboû Hanîfa, Al-Makkî, T.1, p.59).

Suite au conseil d’Ach-Cha‘bî, Aboû Hanîfa se consacra au savoir et fréquenta les cercles des savants. Une fois devenu apte à l’enseignement et à la fatwâ, Aboû Hanîfa était une référence incontournable. Il possédait des qualités naturelles qui le plaçaient à un rang élevé parmi les savants ; il présentait les qualités d’un véritable savant ferme et fiable. Il maîtrisait sa personne et contrôlait ses sentiments. Il ne prononçait pas de mots insignifiants ou vilains et encore moins de mensonges. Un jour, il discutait d’une question sur laquelle Hasan Al-Basrî avait émis un avis juridique. Il affirma : « Al Hasan s’est trompé.» Un homme lui répondit : « Tu as dit que Al Hasan s’est trompé, fils de dévergondée ! » Il n’a ni rougi, ni pâli. Il dit : « Par Allâh, Al Hasan s’est trompé et ‘Abd Allâh Ibn Mas‘oûd avait raison.» Il avait l’habitude de dire : « Ô Allâh, si quelqu’un est fâché contre nous, notre cœur est ouvert à lui.»

Ce calme et cette tolérance ne pouvaient émaner d’une personne insensible. C’était un homme avec un cœur et une âme sensibles. Il est rapporté qu’une personne avec laquelle il débattait lui a hurlé: « Innovateur ! Hérétique ! » Il répondit : « Qu’Allâh te pardonne. Allâh sait que je ne suis pas ainsi. Je ne me suis pas détourné de Lui depuis que je Le connais, j’implore seulement Son Pardon et je crains uniquement Son châtiment.» Il a pleuré quand il mentionna le châtiment. L’homme lui dit : « Pardonne-moi mes propos. » Il dit : « Si les ignorants disent quelque chose à mon sujet, je leur pardonne. Si les lettrés disent quelque chose à mon sujet, ils commettent un péché. L’insulte des savants causera un tort qui se perpétuera après eux.»

L’IMÂM AC-CHÂFI ‘Î (150H-204H)
LE SUPPORTER DE LA SOUNNA ET LE PERE DE LA SCEINCE DU OUSOÛL AL FIQH
(Que Dieu lui accorde miséricorde)


Mouhammad Ibn Idrîs Ach-Châfí‘î est né en l’an 150 AH, année au cours de laquelle mourut l’imâm Aboû Hanîfa. Certains vont jusqu’à dire qu’il naquit précisément la nuit de la mort d’Aboû Hanîfa, bien qu’il n’existe aucune preuve à ce sujet. Concernant sa filiation, la plupart des historiens affirment que son père était un qouraychite descendant d’Al-Mouttalib et que son nom complet, ainsi que sa généalogie, est Mouhammad Ibn Idrîs Ibn Al-‘Abbâs Ibn ‘Outhmân Ibn Châfi‘ Ibn ‘Oubayd Ibn Abî Yazîd Ibn ‘Abd Al-Mouttalib Ibn Hâchim Ibn ‘Abd Manâf. Le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui) et lui-même sont tous deux descendants de ‘Abd Manâf par ‘Abd Al-Mouttalib.

Ach-Châfi‘î était donc un descendant de ‘Abd Manâf dont les fils étaient Al-Mouttalib, Hâchim, ‘Abd Chams, l’ancêtre des Oumayyades, et Nawfal. Al-Mouttalib a élevé ‘Abdu Al-Mouttalib, fils de son frère Hâchim, et grand-père du Messager d’Allâh, qu’Allâh le bénisse et lui accorde la paix. Les Banoû Al-Mouttalib et les Banoû Hâchim formaient une unité à laquelle s’opposaient les Banu ‘Abd Chams à l’époque de la Jahiliyya. Ce fait eut deux conséquences après l’avènement de l’Islam.

Tout d’abord, lorsque Qouraych frappa d’ostracisme le Prophète et ceux de sa tribu qui l’assistaient ; les Banoû Al-Mouttalib, qu’ils fussent musulmans ou non-croyants, le soutinrent et acceptèrent de subir le préjudice à ses côtés. Deuxièmement, le Prophète, qu’Allâh le bénisse et lui accorde la paix, leur a attribué la part assignée aux proches parents selon les paroles d’Allâh. A ce sujet, Dieu (Exalté) dit : “Et sachez que, de tout butin que vous avez ramassé, le cinquième appartient à Allah, au messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs,” (Ste 8 /V.41), et ne l’a pas attribué aux Banoû ‘Abd Chams, ni aux Banoû Nawfal.

La mère d’Ach-Châfi’î était issue des Azd et n’était pas une qouraychite. Certains de ses partisans prétendaient qu’elle était une qouraychite descendante de Sayyidounâ ‘Alî (Que Dieu soit satisfait de lui), mais la vérité est qu’elle était issue de la tribu des Azd. Ar-Râzî a mentionné que la chaîne de transmission selon laquelle elle était qouraychite est faible et contraire au consensus général. Il dit : “Quant à la généalogie d’Ach-Châfi‘î par sa mère, il existe deux hypothèses. Selon la première, qui est rare et rapportée par Aboû ‘Abd Allâh Al-Hâkim, elle était Fâtima fille de ‘Abd Allâh Ibn Al-Housayn Ibn ‘Alî. Selon la seconde, elle était issue des Azd.”

Il ressort clairement de tout cela qu’Ach-Châfi‘î était qouraychite.

Il grandit dans une famille pauvre déplacée en Palestine, et vivant dans le quartier yéménite. Plusieurs témoignages à propos d’Ach-Châfi‘î indiquent que son père est mort alors qu’il était encore un jeune garçon, et que sa mère l’emmena vivre à la Mecque, craignant qu’il ne perde son titre de charîf (d’ascendance noble). Yâqoût Al Hamawî rapporte qu’Ach-Châfi‘î a dit, “Je suis né à Gaza en l’an 150AH et je fus emmené à la Mecque lorsque j’avais deux ans.” On rapporte également qu’il avait dix ans lorsqu’il arriva à la Mecque.

Les témoignages concordent sur le fait qu’il ait vécu l’enfance d’un orphelin pauvre. Ach-Châfi‘î était donc issu d’une noble parenté – la plus noble parenté de son temps et l’une des plus nobles encore aujourd’hui – mais il a vécu dans le dénuement jusqu’à l’âge adulte. Grandir dans la pauvreté tout en étant issu d’une noble ascendance confère à une personne un caractère fort et une conduite noble.

L’imâm Ahmad Ibn Hanbal (164 H. -241H.)
(Que Dieu lui accorde miséricorde)

Naissance et généalogie

Selon ses fils Sâlih et ‘Abd-Allâh, Ahmad naquit au cours du mois de Rabî‘ al-awwal, en l’an 164 AH. Il n’existe aucun désaccord quant à sa date de naissance, comme il y en a pour l’imâm Aboû Hanîfa et l’imâm Mâlik. La date de sa mort est également connue : les sources s’accordent sur le fait qu’il soit mort le 12ème jour de Rabî‘ al-awwal, 241 AH. Ses funérailles eurent lieu un vendredi et son corps fut transporté après le départ des gens qui avaient assisté à la prière de Joumou‘a. Il n’y avait pas moins de 300.000 personnes présentes à ses funérailles à Baghdad. Il était très célèbre au moment de sa mort.

C’est également à Baghdad qu’Ahmad était né. Sa mère était enceinte lorsqu’elle arriva de Marw, où son père était en garnison. On raconte aussi, qu’elle lui donna le jour à Marw, mais la version la plus fiable est celle selon laquelle il est né à Baghdad. Il était un Arabe Chaybânî, à la fois par son père et par sa mère. Il n’était ni Perse ni non-arabe, mais issu d’une descendance purement arabe.

Chaybân était un clan d’une tribu arabe connue pour sa fierté et son esprit de clan. Al-Mouthannâ Ibn Hâritha, qui dirigeait les armées musulmanes contre la Perse à l’époque d’Aboû Bakr, était un Chaybânî. Cette tribu était renommée pour son zèle et sa ténacité. Ils vivaient à Basra et dans le désert à l’entour. A l’époque de la Jâhiliyya, ils étaient localisés ailleurs en Iraq mais lorsque ‘Oumar Ibn Al-Khattâb bâtit Basra pour que s’y établissent les Arabes qui avaient besoin de l’air du désert, Chaybân s’y installa. C’est là que la famille d’Ahmad s’établit. Son grand-père, ‘Abd Al-Malik Ibn Sawda, fut l’un des notables de la ville.

Son père était Mouhammad Ibn Hanbal et son grand-père se nommait, Hanbal Ibn Hilâl. Le grand-père d’Ahmad s’était rendu au Khourâsân et fut gouverneur des Sarakhs pendant la période Oumayyade. Lorsque survint le soulèvement abbasside, il les assista et rejoignit leurs rangs, et il fut blessé au cours de la bataille. Mouhammad, le père d’Ahmad, était lui aussi un soldat. Ibn Al-Jawzî l’a décrit comme un général. Mais qu’il ait été général, comme l’a dit Ibn Al-Jawzî ou simple soldat, le fait est qu’il était sans aucun doute soldat, comme c’était la coutume des Arabes de l’époque. Ils étaient rarement fermiers ou artisans : c’était des guerriers et des combattants.

Il apparaît qu’après s’être installée à Baghdad, la famille a travaillé pour les Abbassides et a maintenu ses liens avec eux, même s’ils n’étaient plus gouverneurs. Il est connu que l’un des oncles d’Ahmad envoyait des informations sur Baghdad à l’un des gouverneurs en son absence. Dès son plus jeune âge, Ahmad était trop scrupuleux pour s’impliquer dans de telles activités. On rapporte que l’un des gouverneurs a dit, “Une fois, les nouvelles de Baghdad tardaient à arriver et j’envoyai à l’oncle d’Ahmad un message lui disant, ‘Tu n’as pas transmis les nouvelles d’aujourd’hui. Je voulais en prendre connaissance avant de les envoyer au calife.’ Il répondit, ‘Je les ai envoyées avec Ahmad.’ On fit venir Ahmad, qui était alors un jeune garçon, pour lui demander, ‘N’as-tu pas été envoyé avec des nouvelles ?’ ‘Si,’ répondit-il. On lui demanda, ‘Alors pourquoi ne les as-tu pas transmises ?’ Il répondit : ‘Suis-je sensé diffuser de telles informations ? Je les ai jetées dans la rivière.’ Le gouverneur dit alors : ‘Nous appartenons à Allâh, et c’est vers Lui que nous retournerons ! Ce garçon est scrupuleux, alors qu’en est-il de nous ?’” (Ibn Al-Jawzî, al-Manâqib, p.22)

Le père d’Ahmad mourut, alors que celui-ci était encore enfant. Certains ont dit qu’il ne l’avait pas connu, ni son grand-père non plus, mais on sait que son père est mort après sa naissance ; il l’a donc probablement connu dans sa petite enfance mais n’en a gardé aucun souvenir. Il est mentionné que celui-ci est mort jeune, alors qu’il avait une trentaine d’années. La mère d’Ahmad a continué à élever son fils dans la famille de son père. Ce dernier ne les avait pas laissés complètement démunis : ils possédaient une propriété à Baghdad où vivre, et un autre bien qui leur fournissait un petit revenu, plus ou moins suffisant pour subvenir à leurs besoins.

Ahmad possédait cinq qualités qui confèrent à ceux qui les possèdent toutes une distinction et une noblesse innées. Il s’agit : d’une noble lignée, du fait d’être devenu orphelin dans son jeune âge, de la confiance en soi, de la maîtrise de soi, et de l’expérience de l’adversité. En outre, il était aussi dans un état de pauvreté continuelle qui, même si elle n’était pas accablante, le préservait de l’arrogance par l’indulgence et l’humiliation qu’engendre l’indigence. Il se contentait de peu et avait un penchant naturel pour le développement intellectuel, inspiré par sa crainte d’Allah et la conscience qu’il avait que rien d’autre dans l’existence n’avait un réel pouvoir.

L’association de son hérédité et de sa pauvreté n’était pas sans conséquences. Lorsque ce monde lui était offert, il le mettait de côté et l’évitait avec frugalité, le cœur empli de crainte. Al-Moutawakkil lui offrit l’aisance qu’il refusa avec humilité. Il connaissait les sentiments des gens et d’après sa biographie, “Aucun pauvre ne s’est vu accorder autant d’honneurs dans une assemblée de puissants, si ce n’est Ahmad.”

ABOÛ HÂMID AL GHAZÂLÎ (450H/1058 - 505H/1111)

SA BIOGRAPHIE ET SA PENSEE
D'emblée, nous nous heurtons au problème commun à tous les biographes d'AL GHAZÂLÎ, à savoir la rareté des sources qui puissent donner des détails sur la vie de l'imâm, depuis sa naissance jusqu'à sa venue à Baghdad. C'est pourquoi la première partie de sa vie ne peut faire l'objet que d'un exposé succinct.

Le début de sa vie : de 450/1058 à 484/1091

AL GHAZÂLÎ Aboû Hâmid Mohammad ibn Mohammad a été surnommé par les Musulmans "Houjjatou al Islâm" ("la preuve de l'Islam"), "Zayn ad-dîn" ("l'ornement de la religion") ou encore "Charafou al a'imma" ("l'honneur des imâms"). En Occident, les premiers orientalistes qui étudièrent ses œuvres, dès le début du dix-huitième siècle, l'appelaient Algazel Abou Hamet; aujourd'hui, mieux connu, on l'appelle couramment AL GHAZÂLÎ Aboû Hâmid.

Il naquit en 450/1058 à Tous, dans la province du Khourasân (nord-est de l'Iran actuel). Bien qu'il n'y ait pas de grandes divergences sur sa date de naissance, signalons tout de même que certains situent sa naissance un an plus tard, en 451/1059. AS-SALÂH a émis par ailleurs l'idée que son nom était AL GHAZÂLÎ, sans redoublement de la lettre "Z", cette nisba (pseudonyme) étant tiré du nom du village où il serait né, Ghazâla, ce qu'IBN KHALLIKÂN a réfuté, disant qu'il n'a jamais entendu parler d'un village de ce nom lorsqu'il visita cette contrée: selon lui, cette nisba est tirée du fait que le père d'AL GHAZÂLÎ était un ghazzâl, un fileur de laine.

Si pauvre fut-il, le père d'AL GHAZÂLÎ était passionné de sciences : il aimait les 'oulamâ' (savants) et avait toujours hâte de se présenter à leurs cours ; de plus, il ne dédaignait pas leur rendre service, en hommage à leurs connaissances. A sa mort, il confia à un ami soufi ses deux fils et le peu d'argent qu'il avait pu épargner, pour qu'il les nourrisse et les éduque. La provision d'argent épuisée, le soufi conseilla aux deux jeunes gens de rejoindre une madrasa, école bénévole où ils seraient logés, nourris et éduqués, ce qu'ils firent.

Dans sa ville natale de Tous, AL GHAZÂLÎ reçut ainsi les notions préliminaires de la jurisprudence chafi'ite, selon l'enseignement en honneur à l'époque, chez son premier maître, Ahmad ibn Mohammad AR-RADHAKÂNÎ, personnage peu connu par ailleurs. Il est vrai que certains ouvrages lui attribuent pour premier maître AN-NASÂJ, mais nous pensons que ce dernier nom était celui de l'ami de son père, auquel il avait été confié.

AL GHAZÂLÎ n'avait pas encore vingt ans lorsqu'il partit pour Jourjân, où il devint disciple de l'imâm Abou-l-Qâsim AL ISMÂ'ILÎ (m. 477/1084), sous la direction duquel il approfondit ses connaissances en ce qui concerne le chafi'isme et les autres écoles de fiqh (Le Droit) de l'époque. Il acheva là sa ta'liqa, ensemble de notes qu'un étudiant prend lorsqu'il suit l'enseignement de son maître, et qui lui permet de se voir octroyer un brevet. A la fin de ce cycle d'études, il retourna dans son pays natal, en 470/1078. Sur le chemin du retour, des brigands lui volèrent ses affaires, ainsi que sa ta'liqa. Il dut insister pour la récupérer, auprès des brigands qui se moquaient de lui pour ne connaître la science qu'à travers des notes ! Il recouvra sa ta'liqa mais, édifié par l'incident et de retour à Tous, il s'empressa de l'apprendre par cœur, règle de conduite qu'il se fixa pour le reste de sa vie, au point que sa mémoire y gagna une réputation d'infaillibilité. Cet incident met en évidence une caractéristique d'AL GHAZÂLÎ : c'était un homme qui savait tirer les leçons des expériences de la vie, ce qui rend sa biographie d'autant plus importante à étudier pour comprendre son œuvre.

Son initiation avait duré trois ans. Maintenant, il lui fallait approfondir cette formation et la diversifier... C'est ce qu'il fit en rejoignant à Nisâboûr l'imâm Aboû-al-Ma'âlî AL JOUWAYNÎ, qu'il accompagna jusqu'à sa mort, en 478/1085. Théologien dogmatique et théoricien de la religion musulmane, de doctrine à la fois chafi'ite et ash'arite, l'imâm AL JOUWAYNÎ lui enseigna ces sciences. Il aimait bien AL GHAZÂLÎ et évoqua à plusieurs reprises son intelligence et sa rapidité de compréhension vis-à-vis même des théories les plus compliquées. N'a-t-il pas dit :

- "AL GHAZÂLÎ est comme une mer abondante..."

Durant son séjour à Nîsâboûr, AL GHAZÂLÎ s'initia en même temps à la connaissance du soufisme sous la direction d'un docteur chafi'ite peu connu, AL FARMADÎ (m. 477/1084). Remarquons au passage que les trois premiers maîtres d'AL GHAZÂLÎ sont morts en l'espace d'un an : AL ISMÂ'ÎLÎ, AL FARMADÎ et AL JOUWAYNÎ.

A la mort de l'imâm AL JOUWAYNÎ, en 478/1085, AL GHAZÂLÎ le vizir Nizâm AL MOULK (m. 485/1092) à son camp ; de doctrine chafi'ite lui aussi, et originaire du même village qu'AL GHAZÂLÎ, il lui fit bon accueil, le recevant avec le respect et les honneurs dignes de ses connaissances acquises. AL GHAZÂLÎ demeura quelque temps chez Nizâm AL MOULK où il engagea des mounazarât (controverses) avec des docteurs de doctrines opposées à la sienne. Il atteignit la gloire en peu de temps, fit partie de l'élite proche du pouvoir, et se vit accorder par Nizâm AL MOULK la chaire d'enseignement à An-Nizâmiyya de Baghdad. Ainsi, d'après Yuhamma QUMAYYAR, AL GHAZÂLÎ avait été l'hôte de Nizâm AL MOULK durant six ans !

AL GHAZÂLÎ à Baghdad, de 484/1091 à 488/1095

Fondée à Baghdad pour l'enseignement du droit chafi'ite par le vizir Nizâm AL MOULK, la Nizâmiyya était le rêve de tout homme de sciences de l'époque. AL GHAZÂLÎ y arriva en 484/1091 ; on nous rapporte que dès les premières séances d'enseignement, il eut beaucoup de succès, ses étudiants se comptant au nombre de trois cents... - "Et moi, dit-il, j'étais heureux de me rendre utile en enseignant et en instruisant trois cents âmes d'étudiants à Baghdad..." Même des fouqahâ' (spécialistes du Doit) illustres assistaient à ses conférences. Parmi eux, on comptait les Hanbalites Aboû-l-Hattâb AL KALWADÂNÎ (m. 510/1116) et IBN 'AQÎL (m. 513/1119). On aurait pu croire qu'AL GHAZÂLÎ allait ainsi s'installer à Baghdad pour de nombreuses années, mais voilà que, subitement, il repartait en 488/1095, pour se retirer du monde sans esprit de retour, quatre ans seulement après son arrivée. AL GHAZÂLÎ s'en allait pour une retraite qui devait durer une dizaine d'années... Le doute Bien que l'imâm n'ait pas donné, à ce départ soudain, d'autre explication que le doute qui l'avait assailli, nous pensons qu'à cette raison majeure se sont ajoutées d'autres raisons qui n'ont pas moins de valeur. Pendant son séjour à Baghdad, AL GHAZÂLÎ avait réussi à acquérir une honnête aisance et s'était rallié au califat (il avait d'ailleurs composé son ouvrage intitulé Al moustazhirî pour l'appuyer) ; mais le voilà qui quitte sa chaire, délaisse sa famille et les honneurs dont il jouissait... L'imâm en a dit :- "Chaque doctrine se dit détentrice de la vérité et du salut ! J'ai interrogé les croyances de chaque secte, scruté les mystères de chaque doctrine, afin de démêler la vérité de l'erreur, de séparer le dogme de l'hérésie..."Mais plus il s'appliquait dans cet examen, plus il perdait confiance dans ces notions cognitives et se trouvait plongé dans l'incertitude. Même ses connaissances certifiées, il les réfutait parce qu'elles lui étaient parvenues par at-taqlîd (conformisme). Il s'engagea dans l'étude des notions issues du témoignage des sens et de la spéculation, comme il le raconta dans Al Mounqidh : - "... afin de savoir si elles pouvaient être révoquées en cas de doute. Le résultat de ce long examen fut que je ne devais pas leur accorder ma confiance. Dans mon incertitude incessante et croissante, je me disais :- Comment se fier aux choses sensibles ? La vue qui, de tous nos sens, est le plus exercé, observe l'ombre et la juge stable, immobile, et la déclare dès lors dénuée de mouvement, alors que l'expérimentation démontre ensuite que l'ombre se meut, non pas, il est vrai, d'un mouvement subit, mais graduellement et par petites portions, de sorte qu'elle ne reste jamais immobile !" Après cet examen, l'imâm déclare la fausseté irréfragable des jugements des sens, qui sont démentis par l'analyse de la raison ; c'est ainsi qu'il se trouve engagé à discuter de la nature même de la ma'rifa acquise par la raison. Il rapporte dans le Mounqidh : - "Puisque je ne puis me fier aux témoignages des sens, me disais-je, il se peut que les notions intellectuelles dérivées des principes premiers méritent seules ma confiance, par exemple les axiomes suivants : "dix est plus grand que trois" ou "l'affirmation et la négation ne peuvent coexister dans le même sujet nécessaire et imposable", et ainsi de suite. A cela, les notions perçues par les sens me firent l'objection suivante : - Qui t'assure que tu peux te fier au témoignage de la raison plus qu'à celui des sens? Ne vois-tu pas, me disais-je, que tu prends tes rêves pour une réalité qui te paraît incontestable aussi longtemps que tu es endormi ? Une fois réveillé, tu sais que ce ne sont que des chimères sans fondement ni valeur. Qui t'assure donc de la réalité de notions que, en état de veille, tu dois aux sens et à la raison ?" Aussi AL GHAZÂLÎ conclut-il : - "Lorsque ces pensées eurent envahi mon esprit, j'en cherchai le remède ; mais comment le trouver ?" Cette crise douloureuse dura environ six mois, durant lesquels j'étais, non pas par mes paroles ou mes discours, mais moralement, en conformité de vue avec les sophistes. Dieu daigna enfin me guérir de cette maladie : mon âme retrouva la santé et l'équilibre, à la lumière que Dieu fit pénétrer dans mon cœur, lumière qui éclaire le seuil de toute science. Lorsque Dieu, dans Sa bonté et Sa miséricorde sans bornes, m'eut guéri de cette maladie, j'en arrivai à la conclusion que tous ceux qui se livrent à la recherche de la vérité se divisent en quatre groupes." Dans son doute, AL GHAZÂLÎ s'est essentiellement posé le problème de la certitude, celui de la limite de la connaissance humaine et celui des moyens à utiliser pour justifier la vérité : est-il possible d'atteindre la vérité par un raisonnement rationnel ? AL GHAZÂLÎ s'est d'abord vu incapable de trouver la solution à ce malaise intellectuel qui ne cessait de le perturber ; lorsqu'il eut acquis la certitude en la Vérité divine, qu'il décrivit comme une lumière injectée dans son cœur, il lui resta à démontrer que ce qu'il savait était conforme à la vérité. AL GHAZÂLÎ avait eu la conviction qu'il se trouvait loin de Dieu : il s'était senti égaré... Il avait l'intuition que s'il atteignait cette certitude qu'il cherchait, il serait dirigé sur le chemin de la Félicité, au milieu d'une société qui grouillait alors de doctrines et de tendances diverses, qui ne faisaient chacune qu'approfondir les divergences et agrandir la distance qui séparait l'Homme de son Seigneur. Les conditions de l'agir et du connaître sont les deux moyens menant à la félicité, que tout le monde recherche et à laquelle Anciens et Modernes ont aspiré. Quatre doctrines, selon AL GHAZÂLÎ, se disaient à son époque capables d'offrir cette félicité, cette certitude. Et AL GHAZÂLÎ s'adonna à fond à l'étude de ces quatre différents courants de pensée, représentés par les théologiens scolastiques (qui se disaient disciples du raisonnement et de la spéculation), les philosophes nihilistes, les mystiques de la batiniyya ou at-ta'limiyya (ésotérisme, sciences occultes), et enfin les soufis, qui se disaient élus de Dieu et détenteurs de l'intuition et de la connaissance du vrai, par l'extase et le dévoilement. Concernant la doctrine scolastique, AL GHAZÂLÎ dit : - "Je l'ai étudiée et recueilli avec soin ; j'ai lu les écrits de ceux qui font autorité en la matière et ai composé moi-même différents traités. Je me suis aperçu de ce que cette science, tout en répondant à ses propres exigences, ne pouvait cependant mener au but que je m'étais fixé. Son objectif est en effet de conserver la pureté des croyances orthodoxes et de les préserver de toute altération hérétique. (...) Une fois établie et bien développée, cette science a voulu aller au-delà de la défense du dogme et s'est appliquée à l'étude des principes premiers, à l'étude des substances et des accidents, ainsi qu'à celle des lois qui les régissent. Mais faute d'une base scientifique suffisante, elle n'a pas pu pénétrer fort avant dans ses recherches, et n'a pas réussi à dissiper complètement les ténèbres que la diversité des opinions fait planer au-dessus des êtres humains." "Je ne nie pas, continue l'imam, qu'elle ait eu un résultat plus satisfaisant pour d'autres qui, eux aussi, cherchaient la guérison mais moi, je restais assoiffé de savoir, troublé dans mon malaise..." Au sujet des philosophes, il écrivit : - "Je suis passé de l'étude de la théologie scolastique (al kalâm) à l'apprentissage de la philosophie. On m'avait effectivement expliqué que, pour déceler le caractère erroné d'une science, il faut égaler et même surpasser ceux qui la maîtrisent. Je consacrai à cette tâche tous les loisirs que me laissaient l'enseignement et la rédaction de mes livres de Droit... Avec l'aide de Dieu, ces lectures faites à la dérobée m'ont permis d'approfondir les systèmes philosophiques en moins de deux années. J'ai consacré encore une année environ à méditer sur ces doctrines que j'avais déjà bien comprises ; je les tournais et retournais dans tous les sens pour en pénétrer les obscurités et les profondeurs. J'acquit de la sorte une connaissance certaine et complète de tout ce qu'elles renfermaient de mensonges et de falsifications, de réalités et de chimères. Après cet examen poussé aussi loin que possible, je démontre avec rigueur la vanité de la doctrine en question. En définitive, elle est sans fondement et sans valeur, n'eût été le secours inconsidéré que lui ont prêté quelques musulmans..." "Avec l'aide d'un "docteur", elle se borne à séduire les esprits faibles et à les convaincre graduellement de la nécessité d'un maître de pensée à suivre... Quelques mots sensés suffisent pour renverser leurs systèmes et les confondre. J'ai constaté que la philosophie était partagée en différentes catégories et que ses adhérents étaient eux-mêmes répartis en plusieurs classes. Tous, malgré la diversité des écoles, sont marqués du sceau de l'infidélité et de l'irréligion !" Selon l'imam AL GHAZÂLÎ, les doctrines philosophiques se réduisent à trois écoles principales : les matérialistes, les naturalistes et les théistes. Après avoir réfuté les erreurs de la philosophie dans ses divergences, il dit : - "J'ai compris qu'elle ne répondait pas entièrement aux exigences de ma tâche parce que la raison ne peut ni embrasser toutes les questions, ni soulever le voile qui couvre tant d'énigmes..." Concernant les batiniyya ou ta'limites, "qui doivent, disent-ils, toutes leurs connaissances à l'enseignement de l'imâm al ma'soum (parfait et infaillible)", AL GHAZÂLÎ a dit : - "Après l'étude des rationalistes, je me suis consacré à l'étude d'une secte de novateurs, celle des ta'limites, dont on racontait partout qu'ils se disaient en possession de la vérité, grâce à un imam parfait qui la proclamait et la défendait. Je résolus alors de prendre connaissance de cette doctrine, mais après une étude approfondie de leurs affirmations et après maintes discussions avec leurs "savants", je n'ai rien trouvé d'autre que des mensonges et j'ai été convaincu de la corruption de leurs idées !" - "L'examen des doctrines terminé, je me suis appliqué, rapporte-t-il, à l'étude du soufisme. L'examen de ces doctrines m'avait amené à l'étude du soufisme, animé de l'espoir de trouver la vérité chez ceux qui la mettent en pratique..." Il commença par l'étude des principaux ouvrages soufis, tels que Qoûtou al qouloûb ("Nourriture des cœurs") d'Aboû Tâlib AL MAKKÎ (m. 388/968), l'œuvre d'AL MOUHÂSIBÎ (m. 296/877) et d'autres parmi les adeptes de l'extase. Il remarqua que l'une des caractéristiques les plus originale des soufis était qu'ils soutenaient qu'on ne pouvait atteindre le stade ultime de toute chose par la simple étude, mais plutôt, et surtout, par la transformation de soi : il fut attiré par cette notion qui permettait de pénétrer dans les conditions mêmes des choses. Il écrivit :- "J'ai constaté que le soufisme consiste en un sentiment plutôt qu'en une définition. J'en savais alors tout ce que l'étude pouvait m'apprendre ; ce qui me manquait relevait, non plus de l'enseignement, mais bien de l'extase et de l'initiation. J'apprit enfin qu'on ne pouvait y réussir qu'en sacrifiant les honneurs et les richesses, et en rompant avec les attaches et les liens de la vie dans le monde... Faisant un sérieux retour sur moi-même, je me suis vu entouré et enferré de toutes parts par ces attaches. Examinant mes actes, dont les plus honorables étaient les études et le professorat, j'ai réalisé que j'avais mené loin plusieurs types d'études de peu de valeur, et sans profit pour le salut de mon âme. J'ai sondé le fond de mon enseignement, et j'ai vu qu'au lieu d'être sincèrement consacré à Dieu, il n'était mû que par le vain désir des honneurs et de la renommée. Je me suis aperçu que j'étais au bord de l'abîme et que, sans une conversion immédiate, j'étais condamné au feu éternel !" (7)

Le salut

AL GHAZÂLÂ dit :

- "Percevant ma faiblesse et l'accablement de mon âme, je me réfugiais en Dieu comme un homme au bout de son courage et sans ressources. Lui Qui exauce le malheureux qui L'invoque, daigna m'exaucer, et rendit facile à mon cœur le sacrifice des honneurs, des richesses, de la famille... Enfin, je quittai Baghdad avec la ferme intention de ne plus y revenir !"

- "Chez les soufis, les recherches auxquelles je m'étais livré, le chemin que j'avais parcouru en étudiant les sciences religieuses et spéculatives, m'avaient donné une foi solide en ces trois points : Dieu, la prophétie et le jugement dernier. Ces trois piliers fondamentaux de la croyance s'étaient affirmés en moi, non pas simplement grâce à des arguments déterminés mais par une suite de causes, de circonstances et d'épreuves qu'il m'est impossible de détailler. Je constatais qu'on ne pouvait espérer gagner son salut que par la piété et la victoire sur les passions, ce qui présupposait de renoncer à ce monde de mensonge et de s'en détacher pour se tourner vers l'éternité et la méditation en Dieu. Les mouvements et les repos, qu'ils soient externes ou internes, sont éclairés de la lumière qui rayonne du foyer de la prophétie ; et quelle autre lumière pourrait briller à la surface de la terre ? Arrivé à ce stade, on doit se borner à répéter ce vers : "Advint ce qui devait advenir, mais je n'en ai pas souvenance... Considère-moi bien, et ne pose pas de questions sur ce qui s'est passé !"

Par le Cheikh Hassan Amdouni

KHADÎJA FILLE DE KHOUWAYLID et EPOUSE DU PROPHETE MOHAMED (Que Dieu soit satisfait d’elle)
LA PREMIERE CROYANTE ET DISCIPLE DU MESSAGER DE DIEU (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui)

Si l'Histoire a gardé en mémoire des prises de position de femmes célèbres et illustres; elle ne peut faire valoir une attitude aussi glorieuse que celle de sayyida Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle), dans sa conduite avec la plus noble des créatures de Dieu (Exalté), et Son élu d'entre tous les Messagers, notre maître Mouhammad (Paix et Salut de Dieu sur lui).

Quand le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui)reçut, pour la première fois la révélation, et il s'en retourna chez lui tremblant de peur, Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) la soutenu, l'a apaisé et consolé. Elle l'accompagna auprès d'un spécialiste de ces questions, son cousin Waraqa Ibn Nawfal. Nous allons laisser notre mère 'Â'icha (Que Dieu soit satisfait d’elle) nous raconter ce qui s'est passé. Elle a dit :" L'Envoyé de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui) commença par avoir des visions édifiantes pendant son sommeil. Chaque fois la vision se réalisait d'une manière évidente comme l'éclat de lumière matinale; Plus tard on lui inspira l'amour de la retraite, et il se rendait à la grotte de Hîrâ', pour y pratiquer des actes d'adoration durant des nuits et des jours avant de renter auprès de sa famille pour s'approvisionner et revenait auprès de Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) en faire de nouvelles provisions, jusqu'au jour où la Vérité le surprit alors, qu'il était dans la caverne de Hîrâ', l'Ange vint à lui et lui ordonna :"Lis !" "Je ne sais pas lire !" lui répondit le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui). L'Ange me prit, me serra à tel point que je n'arrivais plus à respirer, puis me relâcha et me dit :" Lis !" "Je ne sais pas lire !" Lui répondit. Il me serra de nouveau, à tel point que je ne savais plus respirer, puis me relâcha en me disant :" Lis !" Je lui répondis : " Je ne sais pas lire !" Il me prit, encore une troisième fois, me serra, à tel point que je n'arrivais plus à respirer, me relâcha, et me dit :" Lis au Nom de ton Seigneur Qui a créé ! Il a créé l'homme d'un caillot adhésif ! Lis, car ton Seigneur est Le Très Généreux ; c'est Lui qui fit de la plume un instrument du savoir ; Il a enseigné à l'homme ce qu'il ne savait pas.", suite à cela, le Prophète de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui) retourna chez Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle), tremblant de peur, il dit :" Couvrez-moi ! Couvrez-moi !" ils l'enveloppèrent, jusqu'à ce qu'il se calma, il lui raconta ce qu'il a vécu, et lui dit :" J'ai eu peur que quelque mal ne m'atteigne !" Alors Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) le réconforta et lui dit :" Au contraire ! Je jure par Dieu ! Dieu ne te fera jamais du tort ! Car tu veilles à préserver tes liens de parenté, et tu soutiens ceux qui sont dans la difficulté. Tu donnes aux nécessiteux, tu honores tes invités et tu soutiens la justice." Puis elle l'accompagna auprès son cousin ,Waraqa Ibn Nawfal Ibn Asad Ibn 'Abd-Al 'Ouzzâ. Qui s'était converti au christianisme, durant la période antéislamique. C'était un homme versé dans les évangiles. Il écrivait.. Il savait écrire l'hébreu. Il était âgé et avait perdu la vue. Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) lui dit :" Ô cousin ! Ecoute ce que va te raconter ton parent." Quand le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui) lui raconta son aventure, et ce qu'il vit. Alors, Waraqa lui dit :" C'est l'Ange qui était venu à Moîse !", Puis il s'exclama :" Je souhaite tant être encore en vie, lorsque ton peuple te chassera !" Le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui) lui dit :" Est-ce vrai, qu'ils vont me pourchasser ?" Waraqa, lui répondit : "Très certainement ! Chaque fois qu'un homme apportait un tel message, il devint ennemi déclaré et fut pourchassé et persécuté ! Si je vivrai jusqu'à ce temps, je te soutiendrai avec force." Mais Waraqa mourut peu de temps après, et la révélation s'arrêta." (Rapporté par Al Boukhârî et Mouslim)

Quelle admirable attitude !

Ô Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) ! Tu étais vraiment l'épouse modèle qui n'a pas dénigré son mari, ni mis en cause ! Bien au contraire ! Tu l'as soutenu et réconforté. Car tu connaissais la valeur de ton mari et ses mérites : il était un homme de bien, c'est pour cela que Dieu ne lui fera aucun affront.

Une autre femme que toi aurait, peut être, dit à son mari :" Qu'est-ce qui t'a pris pour choisir l'isolement des gens dans un endroit aussi éloigné ? Pourquoi tu ne te comportes pas comme tout le monde !? "

En vérité, il s'agit de la femme croyante par intuition naturelle, qui savait qu'elle était la compagne du meilleur des Hommes, et très certainement, ce qu'il a vu n'est que la vérité. Un homme aussi remarquable, avec des qualités morales exceptionnelles ne peut être que l'élu de Dieu parmi les hommes.

Ainsi, était Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) à qui le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui) a annoncé :"Une demeure au Paradis en perles précieuses où il n'y aura ni vacarme, ni peine." (Rapporté par Al Boukhârî et Mouslim).

Cet honneur a été accordé à celle qui fût la femme la plus aimée par notre Messager (Paix et Salut de Dieu sur lui) grâce à la noblesse de caractère, sa douceur, sa foi dans la religion de la Vérité à laquelle elle a adhéré sans hésitation et pour son soutien inconditionnelle à son mari et Messager de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui). Elle était pour lui cette tendresse bienveillante, ce cœur sincère et la main affectueuse.

Le Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui) disait d'elle :" La meilleure d'entre toutes les femmes du Paradis est Maryam fille de 'Imrân ! La meilleure d'entre toutes les femmes du Paradis c'est Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) fille de Khouwaylid !" (Rapporté par Al Boukhârî, Mouslim et autres)

L'Envoyé de Dieu () évoquait, sans cesse, Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) après sa mort. Elle était omniprésente dans sa vie. 'Â'icha (Que Dieu soit satisfait d’elle) disait à ce propos :" Je n'ai jamais été jalouse d'une femme, comme je l'étais de Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) : elle est morte avant que le Messager de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui) ne m'épouse, il ne cessait de parler d'elle, et Dieu (Exalté) lui a ordonné de lui annoncer une demeure en perles précieuses au Paradis ! Parfois, il égorgeait le mouton et il en offrait avec largesse aux amies de Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) !" (Rapporté par Al Boukhârî et autres).Telle était Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) qui a mérité la loyauté du Messager de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui) et son amour intense. Elle l'a assisté, elle lui a donné de ses biens lorsque les autres l'ont privé. Elle l'a soutenu, avec fermeté, dans les épreuves les plus difficiles. Elle était la meilleure des épouses.Notre mère Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) la pure est le modèle à suivre par toute femme. Son engagement véridique dans la voie de la Vérité de Dieu (Exalté), et aux côtés du Prophète (Paix et Salut de Dieu sur lui), sa fidélité, son obéissance à son époux sont des exemples à suivre par toute femme qui cherche l'excellence et la transcendance.Le Messager de Dieu (Paix et Salut de Dieu sur lui) a aimé notre mère Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) d'un amour fort et intense, parce qu'elle était la meilleure des épouses et la meilleure des femmes, et c'est pour cela qu'il a dit :" Dieu a fait loger l'amour de Khadîja (Que Dieu soit satisfait d’elle) dans mon cœur !" (Rapporté par Mouslim).

Traduction Hassan Amdouni

Ibn Qayyim al-Jawziyya ( 691 H / 751 H)

La vie d'Ibn al-Qayyim

Le véritable nom d'Ibn al-Qayyim était Muhammad Abi Bakr Ibn Sa'd al Zar'î, puis al Dimashqî. Son titre était Shams Ad Dîn, son surnom fut 'Abû 'Abdallah. Comment a-t-il acquis le nom de Qayyim al-Jawziyya? Son père était le directeur d'une école appelée "al-Jawziyya" qui était située dans l'enceinte du blé de Damas, c'est ainsi qu'il fut appelé "ibn Qayyim al-Jawziyya" ou encore "Ibn al-Qayyim".

Ibn Qayyim al-Jawziyya naquit dans une famille de savants connue pour sa piété, en 691 H(1292). Damas fut un grand centre intellectuel où il y avait de nombreuses écoles. Il étudia sous la direction, la protection et le financement de son père. Il fut particulièrement influencé par son sheikh te professeur, Ahmad Ibn Taymiyya, ainsi que par Ibn al-Shârâzî et d'autres encore.

Il étudia sous la coupe de grands savants comme Shihâb ad Dîn al-Nabulsî et le câdî Taqi ad-Dîn, Fatima bint Jawhar, Ibn Abî al-Fath al-Bakhlî et ahmad Ibn 'Abd al-Halîm Ibn taymiyya. Ce dernier l'a beaucoup marqué, jusqu'à ce qu'il suive la même voie dans la défense du Coran et de la Sunna, combattant les réactionnaires, le charlatansime, et le faux soufisme. Il réunit ses livres, l'a épaulé des ses débats contre ses adversaires, fut détenu avec lui dans la prison d'al-Qal'a de Damas. Son professeur Taqi ad-Dîn Ibn Taymiyya mourrut dans cette prison, Ibn al-Qayyim, lui, fut libéré.

Ibn al-Qayyim continua son combat contre la secte al-Râfîda, la déviée, et les ennemis de l'Islam grâce à ses cours dans les mosquéeset ses conférences lors de ses déplacements.
Les gens furent nombreux à écouter ses discours. Il enseigna la Jurisprudence à l'école as-Sadriya, et fut imâm dans l'école al-Jawziyya.

Ses étudiants l'accompagnaient, parmi eux furent Zayd ad-Dîn, Abû-l-Fârâj, Shams ad-Dîn Abû 'Abdallah, 'Imâd ad-Dîn Ismâ'îl connu sous le nom d'Ibn Kathir auteur du livre "Le début et la fin" ( al-Bidaya wa nihâya), et le commentaire du Coran (Tafsîr) et d'autres encore.

Il est l'auteur de nombreux livres concernant la jurisprudence, la base des sciences religieuses et le précis des Hadith, ainsi que le commentaire du Coran (Tâfsir)
Il faut compter plus de cinquante ouvrages, dont une partie fut imprimée, et une autre resta sous forme de manuscrits.
Il acquit une grande renommée, et fut reconnu tant par ses amis que par ses adversaires.
Il utilisait des preuves Irréfutables pour convaincre ses détracteurs.
Ibn Rajab dit à son sujet: "Je n'ai pas encore trouvé un savant plus grand que lui dans les connaissances du Coran et de la Sunna, et les réalités de la croyance. Et pourtant, il se trompait comme tout le monde, mais je n'ai jamais vu quelqu'un ayant ses propres qualités."
Burhân ad-Dîn a dit: "Il n'y a pas sous le ciel quelqu'un de plus savant que lui."

Ibn Kathir disait à son sujet: "Sa lecture fut parfaite ainsi que son éthique. Il prenait soin des autres, ne fut jamais rancunier, jaloux, médisant, ne faisant pas de mal. Je fus son plus proche ami et il m'aimait énormément. Je n'ai pas connu dans ce monde, en notre temps, quelqu'un de plus pieux que lui. Il avait une méthode dans l'Office, il la prolongeait beaucoup, surtout au cours d la génuflexion et de la prosternation. Certains de ses proches lui reprochaient cette longueur, mais il ne prenait jamais en compte ce que disaient les gens et ne se sentait nullement blesséde leurs avais outre mesure. En fin de compte, il fut un homme simple dans tout ce qu'il faisait, et surtout il fut libéral, faisant beaucoup de bien autour de lui. Il avait une éthique irréprochable."

Le grand savant al-Shawkâni l'a qualifié de persévérant exceptionnel.
Il fut très pieux, passait ses nuits en priére, tous ceux qui l'avaient connu s'en souviennent. Il fit plusieurs fois le pèlerinage, il resta longtemps à la Mecque. Les Mecquois rapportèrent d'ailleurs plusieurs choses extraordinaires à son sujet.

Il mourut en 751 H/1350 à Damas, et nombreuse fut la foule qui pria pour lui dans la grande mosquée. Il fut inhumé dans le cimetière de la petite porte (Bâb al-Saghîr) à Damas.

Que Dieu ait son âme et le fasse accéder à Son Paradis, Amîn


Jamâl Ad-Dîn Al Afghânî 1838-1897 (Que Dieu lui accorde Sa Miséricorde)

La renaissance des nations et des peuples revient toujours aux efforts des réformateurs dévoués qui œuvrent à réunir les enfants de la nation, à porter à leur connaissance les questions et les problèmes qui les affectent, à les motiver pour la réforme et le renouveau, à en faire un rang uni face aux convoitises des colonisateurs et de leurs ennemis.
Parmi les enfants de l’Islam, qui a marqué le plus l’action réformatrice de la Communauté musulmane, figure le cheykh Jamâl Ad-Dîn Al Afghânî, dont l’appel porta bien au-delà de sa patrie et de son peuple. Son appel fut entendu partout, en dépit des frontières géographiques et nationales. Son appel engloba la totalité du monde musulman.

Jamâl Ad-Dîn Al-Afghânî naquit en octobre 1838 dans une famille afghane dont les origines remontaient au petit-fils du Prophète, Al-Husayn Ibn `Alî - que Dieu l’agrée. Il grandit à Kaboul, capitale de l’Afghanistan. Il apprit au début de son parcours scolaire l’arabe et le persan, et étudia le Coran avec quelques rudiments de sciences islamiques. Lorsqu’il eut dix-huit ans, il acheva ses études religieuses et partit en Inde pour étudier les sciences dites modernes. À l’âge de dix-neuf ans, en 1857, il se rendit au Hijâz pour accomplir le pèlerinage à La Mecque. Après quoi, il rentra en Afghanistan pour occuper une fonction administrative. Toute sa vie durant, il ne cessa d’étudier et de quérir le savoir. Il entreprit ainsi d’apprendre le français à un âge avancé, et fournit des efforts importants et déterminés pour progresser dans l’acquisition de cette langue.
Lorsqu’un conflit éclata entre les Princes afghans, Jamâl Ad-Dîn s’aligna aux côtés de Muhammad A`dham Khân qui occupait alors un poste de Ministre. Il se heurta néanmoins aux Anglais, ce qui conduisit Jamâl Ad-Dîn à quitter l’Afghanistan en 1868. Il passa par l’Inde avant de se rendre en Égypte où il séjourna pendant quelque temps, fréquentant régulièrement la Mosquée Al-Azhar. Sa maison était un lieu de visite pour un grand nombre d’étudiants et de chercheurs, en particulier des Syriens. Il partit ensuite à Istanbul sous le gouvernement de `Âl Pasha. Sa réputation grandit, sa renommée s’accrut et son prestige s’imposa. Son appel à la nécessité de la réforme trouva de bons échos chez les Ottomans, ce qui eut pour effet de faire dire à l’Anglais Blint : « L’initiative des Ottomans de transformer leur Empire en un État constitutionnel peut être attribuée en tout premier lieu à l’influence de Jamâl Ad-Dîn, qui, lorsqu’il s’installa dans leur capitale, se mit à discuter avec eux et à les appeler à rejoindre ses conceptions. »

La méthodologie d’Al-Afghânî dans la réforme religieuse

Le retour au Noble Coran était l’une des plus grandes ambitions d’Al-Afghânî, tout au long de sa vie. Il estimait que la base essentielle pour la réforme et la prédication religieuse était le Noble Coran. « Le Coran est l’un des plus grands moyens attirant le regard des Occidentaux sur la beauté de l’Islam, disait-il. Car il les invite à lui-même à travers son propre cadre. Mais lorsqu’ils observent la situation déplorable des Musulmans à travers le spectre du Coran, ils dédaigneront de le suivre ou d’y croire. » Le Coran est ainsi l’unique moyen de guidance et la base de toute réforme : « Parmi les vertus du Coran, il y a celle-ci qu’avant sa révélation, les Arabes vivaient dans un état de barbarie indescriptible. Mais un siècle et demi à peine après sa révélation, ces mêmes Arabes devinrent les maîtres de leur monde et dépassèrent toutes les nations de la terre, en politique, en science, en philosophie, en industrie et en commerce. » La réforme religieuse doit donc se faire, en tout premier lieu, uniquement sur la base du Coran, puis sur sa compréhension authentique et libre. Pour ce faire, nous devons donc parfaire nos connaissances, favoriser leur acquisition et faciliter leur accès à ceux qui les recherchent.

Après une rude vie pleine de difficultés, Al-Afghânî mourut à Istanbul à l’âge de soixante ans. Tout comme sa vie avait suscité les polémiques et les passions, sa mort entraîna également de longues polémiques. Tandis que certains ont des doutes sur les causes de sa mort, d’autres pensent qu’il fut empoisonné.

Bien que le cheykh `Abd Ar-Rashîd Ibrâhîm - le célèbre voyageur russe -, qui s’était rendu au chevet de Jamâl Ad-Dîn deux heures avant sa mort, assura qu’il était malade et qu’il mourut de sa belle mort, le neveu d’Al-Afghânî, Mirzâ Lutf Allâh Khân, prétendit que son oncle avait été empoisonné. Il accusa même le gouvernement iranien d’être l’auteur du meurtre, disant que le gouvernement iranien avait envoyé Nâsir Al-Mulk à Istanbul pour assassiner Jamâl Ad-Dîn, après que l’Empire ottoman ait refusé de le remettre aux autorités iraniennes. Le réformateur musulman décéda le 10 mars 1897.


Cheykh Tâhir Ibn ‘Âchoûr (1879 - 1973)

Le dernier grand imâm de la Zeytûna

La mosquée Az-Zeytûna était le lieu de formation de personnalités uniques qui menèrent la vie de leurs peuples avant de mener la leur, et ce, à une époque où les jalons de la vie étaient tourmentés. Ces hommes étaient des phares dans les ténèbres et des guides dans les labyrinthes. Muhammad At-Tâhir Ibn `Âchûr est l’une des personnalités issues de cette Mosquée, et l’un de ses plus grands rénovateurs. Sa longue vie qui s’étendit sur près d’un siècle fut une lutte perpétuelle pour l’acquisition du savoir, un combat forcené pour briser le carcan de l’immobilisme et du mimétisme qui avaient empêché l’esprit musulman d’interagir de manière dynamique avec le Noble Coran et la vie contemporaine.
Ses réflexions contribuèrent à une renaissance des sciences juridiques, de l’exégèse, de l’éducation, de l’enseignement et de la réforme. Sa pensée permit à la Zeytûna de se maintenir, pendant de nombreuses années, comme source de savoir.

Le cheykh Tâhir Ibn `Âchûr, naquit à La Marsa, dans la banlieue tunisoise, en septembre 1879, au sein d’une vieille famille d’intellectuels, d’origine andalouse. Cette famille s’établit à Tunis après les campagnes d’évangélisation meurtrières et les tribunaux de l’Inquisition que subirent les Musulmans d’Andalousie. Elle donna naissance à un grand nombre de savants qui étudièrent à la Mosquée Az-Zeytûna, cette institution religieuse millénaire qui était un phare de savoir et de guidance illuminant toute l’Afrique du Nord. Parmi ces savants, il y avait entre autres Muhammad At-Tâhir Ibn `Âchûr, ainsi que son fils qui mourut de son vivant : Al-Fâdil Ibn `Âchûr.

At-Tâhir naquit à une époque où fusaient de toutes parts des appels à la réforme rénovatrice qui voulait extraire la religion et les sciences religieuses de l’immobilisme et du mimétisme pour les mener vers la rénovation et la réforme, extraire la patrie du bourbier du sous-développement et du colonialisme vers le terrain du progrès, de la liberté et de l’indépendance. Ce fut ainsi que retentirent en Tunisie et dans sa Mosquée millénaire les idées nouvelles d’Al Afghânî, de Muhammad ‘Abduh et de Muhammad Rachîd Ridâ. Ces idées furent reçues par les dignitaires de la Zeytûnah, qui entamèrent la réforme de l’enseignement de leur Mosquée avant même celle d’Al Azhar, ce qui força l’admiration de l’Imâm Muhammad `Abduh qui déclara : « Les Musulmans de la Zeytûna nous ont devancés dans la réforme de l’enseignement, au point que leur programme universitaire est devenu meilleur que celui d’Al-Azhar. »

Les efforts réformateurs - initialement focalisés sur la réforme de l’enseignement - aboutirent en Tunisie à la fondation de deux universités qui furent de la plus grande importance dans la renaissance intellectuelle de la Tunisie.
Il s’agit de l’Université As-Sâdiqiyyah fondée par l’éminent ministre Khayr Ad-Dîn At-Tûnisî en 1874, et de l’Université Al Khaldûniyyah fondée en 1896. Quant à la première, elle proposait une méthode d’enseignement moderne où se mêlaient les lettres arabes et les langues étrangères, sans oublier les mathématiques, la physique et les sciences sociales. Cette Université fut créée pour devenir un soutien et un complément à la Zeytûna. La seconde université s’adressait pour sa part à des étudiants en sciences islamiques qui désiraient approfondir leurs connaissances sur des points qui n’avaient pas été intégrés à leurs programmes scolaires précédents.

Cette renaissance intellectuelle et cette réforme de l’enseignement s’accompagnèrent d’appels à la résistance contre la colonisation française. Les propositions réformatrices de l’époque avaient par ailleurs une assise religieuse qui permettrait de reconsidérer la situation de l’État et de la société. Une telle assise islamique marqua profondément les leaders réformateurs de l’époque. Ils créèrent ainsi des organes de presse, publièrent des journaux et des revues, ce qui constituait un pas essentiel pour créer une atmosphère culturelle et intellectuelle insufflant à nouveau la vie, la prise de conscience et les valeurs de liberté et de progrès.

Après avoir appris le Noble Coran et le français, At-Tâhir rejoignit la Mosquée Az-Zeytûna à l’âge de 14 ans. Il étudia avec brio les sciences dispensées dans cette prestigieuse Université. Il fit montre d’un grand intérêt pour le savoir qu’il assimilait, aidé par un esprit vif, un environnement intellectuel et religieux propice et d’éminents professeurs qui assuraient indéniablement le renouveau scientifique et intellectuel de la Tunisie. Les plus éminents de ces professeurs étaient le cheykh Muhammad An-Najjâr, le cheykh Sâlim Bûhâjib, le cheikh Muhammad An-Nakhlî, le cheikh Muhammad Ibn Yûsuf, le cheikh `Umar Ibn `Âshûr et le cheikh Sâlih Ach-Charîf, que Dieu leur fasse miséricorde. Pour tous ces Cheykhs, l’Islam était une religion de l’intellect, de la civilisation, de la science et de la modernité.
At-Tâhir obtint son diplôme de la Zeytûna en 1896, et rejoignit le corps enseignant de la Mosquée millénaire. À peine quelques années plus tard, devint-il un professeur de première catégorie, après un examen passé avec succès en 1903.
At-Tâhir avait déjà été choisi en 1900 pour enseigner à l’Université As-Sâdiqiyya. Cette expérience précoce dans l’enseignement à la Zeytûna - aux méthodes traditionnelles - et à la Sâdiqiyya - aux méthodes modernes - marqua la vie du jeune cheykh, dans la mesure où il saisit la nécessité de combler le fossé entre deux courants de pensée encore en formation, mais qui menaçaient de provoquer un schisme culturel et intellectuel en Tunisie.

En 1903, l’Imâm Muhammad `Abduh, Muftî d’Égypte, se rendit pour la deuxième fois en Tunisie. Cette visite constitua un grand événement culturel et religieux dans les milieux tunisiens. At-Tâhir Ibn `Âchûr rencontra l’Imâm et une relation chaleureuse s’établit entre les deux hommes. Muhammad `Abduh gratifia Ibn `Âchûr à cette occasion du titre d’« ambassadeur du message islamique », lors d’une visite à la Mosquée Az-Zeytûna. Les deux Cheykhs avaient des qualités communes, notamment leur tendance à la réforme éducative et sociale dont Ibn `Âshûr allait dessiner par la suite les principaux traits dans son livre Usûl An-Nizâm Al-Ijtimâ`î fî Al-Islâm (Des Fondements du système social en Islam). Une relation chaleureuse s’établit également entre Rachîd Ridâ et Ibn `Âchûr. Ce dernier écrivit d’ailleurs des articles pour la revue d’Al-Manâr dirigée par le cheykh Ridâ.

En 1907, At-Tâhir Ibn `Âshûr fut désigné premier directeur adjoint de la section scientifique de la Mosquée Az-Zeytûna. Il entreprit alors de mettre en application son plan de réforme intellectuelle et éducative. Il apporta ainsi un certain nombre de changements dans l’enseignement, et rédigea un rapport sur la réforme de l’enseignement qu’il présenta au gouvernement. Une partie de ses propositions furent acceptées et adoptées.

En 1910, Ibn `Âchûr fut choisi dans le cadre de la première commission de réforme de l’enseignement de la Zaytûna. Il fut à nouveau choisi en 1924 dans le cadre de la seconde commission. Il fut enfin désigné Cheykh de la Mosquée Az-Zeytûna en 1932, en sus de la position de cheykh de l’Islâm mâlikite qu’il occupait déjà. Il devint ainsi de fait le premier cheikh de la Zeytûna à accumuler ces deux fonctions. Mais très vite, après un an et demi seulement, il démissionna de son nouveau poste en raison des obstacles qu’on lui opposait dans sa volonté de réformer la Zeytûna. On le nomma néanmoins à nouveau à la même fonction en 1945. Des foules en liesse descendirent dans les rues des villes tunisiennes pour acclamer le retour de leur Cheykh. De Tunis à Sfax en passant par Sousse et Kairouan, les Tunisiens exprimèrent leur bonheur de retrouver un être cher. Après ce retour en grande pompe à la Zeytûna, Ibn `Âchûr put concrétiser ses idées et mener de profondes mutations dans le système universitaire zeytûnien.Les étudiants de la Zeytûna augmentèrent de manière remarquable et les instituts scolaires rattachés à la Mosquée furent plus nombreux que jamais. En effet, alors que le nombre d’antennes zeytûnites s’élevait à huit en 1949, il passa à vingt-cinq en 1956, dont deux pour les filles, un à Tunis et un à Sfax. Le nombre d’étudiants inscrits à la Zeytûna en 1956 s’élevait quant à lui à vingt mille étudiants ! Le réseau des antennes de la Zeytûna s’étendit également à l’extérieur de la Tunisie : deux antennes furent ainsi fondées dans la ville de Constantine en Algérie.

Cheykh At-Tâhir Ibn `Âchûr concentra également ses efforts sur la refonte des livres scolaires, des méthodes d’enseignement et des instituts rattachés à la Zeytûna. Il remplaça de nombreux vieux ouvrages qui avaient été pour ainsi dire sanctifiés au cours du temps, se préoccupa de l’enseignement des sciences physiques et des mathématiques et assura le bon déroulement de la spécialisation des étudiants de niveau supérieur. Il pensait par ailleurs introduire de nouvelles méthodes d’apprentissage diverses et variées. Il veilla en outre à ce que l’enseignement zeytûnite garde sa spécificité religieuse et arabe. Pour cheykh Ibn `Âchûr, un étudiant de la Zeytûna devait étudier des livres qui développeraient ses capacités intellectuelles et qui lui permettraient d’approfondir le sens des mots. Pour cette raison, il appela à diminuer la charge des cours magistraux pour les remplacer par des activités pratiques de réflexion. L’étudiant pourrait ainsi développer sa propre compréhension et se prendre en charge tout seul, plus tard, dans l’acquisition de la connaissance..

L'exégèse du Noble Coran

Cheykh At-Tâhir Ibn `Âchûr est l’un des plus grands commentateurs et exégètes du Noble Coran de l’ère contemporaine. Son exégèse intitulée Tafsîr At-Tahrîr Wat-Tanwîr (Exégèse de la Libération et de l’Illumination) contient la forme achevée et accomplie de ses opinions juridiques et rénovatrices. Cette exégèse encyclopédique en trente volumes fut progressivement écrite sur une période de 50 ans. L’érudition de cheykh Ibn `Âchûr se manifesta dans toute sa splendeur dans cette œuvre colossale, au point qu’il se fit un devoir de rédiger dix introductions, chacune traitant des différentes sciences qu’il mettrait à profit dans son exégèse : l’histoire, la linguistique, la théologie, la jurisprudence, etc.

Les Finalités de la Législation islamique (Maqâsid ach-Charî‘a)

At-Tâhir Ibn `Âchûr rejeta l’idée selon laquelle la porte du ijtihâd aurait été fermée à la fin du Ve siècle de l’ère musulmane, et qu’il serait impossible de la rouvrir. Il opinait que l’enfermement des Musulmans dans une vision cristallisée et imitatrice était de nature à cultiver la paresse et à entraver le recours à la raison pour trouver des solutions aux questions nouvelles qui se posaient à eux dans leur vie quotidienne. Dans cette perspective, il exprima le besoin d’enrichir, en permanence, la jurisprudence islamique tout en donnant une place prépondérante à l’esprit et aux visées de la Législation. Aussi, le livre du cheykh Ibn `Âchûr, Maqâsid Ach-Charî`a Al-Islâmiyyah, constitue-t-il l’un des meilleurs écrits dans ce domaine, de par la clarté de sa pensée, la précision de son exposé, sa méthodologie saine et son analyse exhaustive.

L’héritage d’Ibn `Âchûr

Bien que le rôle joué par le cheykh Ibn `Âchûr en Tunisie ait été de la première importance dans la construction d’une Tunisie moderne, éduquée et alphabétisée, sa contribution a été largement occultée au fil des années par des courants de pensée intrus et destructeurs qui se sont attribués à eux-mêmes les acquis enregistrés par cet homme sur près d’un siècle. Ces courants de pensée, restes de la colonisation occidentale des contrées musulmanes, veulent répandre des idées destructrices se résumant au fait que l’Islam, la pensée musulmane et la Législation islamique sont les causes du retard musulman, et que, avant d’envisager tout progrès du monde musulman en général, et de la Tunisie en particulier, il est nécessaire d’exclure l’Islam de la scène publique.

Son décès.

Après une vie remplie de savoir et d’efforts, tant sur la scène tunisienne que sur la scène islamique, cheykh Muhammad At-Tâhir Ibn `Âchûr décéda le 12 août 1973, à l’âge de 94 ans. Il est enterré à Tunis, dans le cimetière d’Az-Zallâj. Que Dieu lui fasse miséricorde.

Abou ‘Îsâ Muhammad ibn ‘Îsâ ibn Sawra ibn Chaddâd, appelé l'imam At-Tirmidhi
(Que Dieu lui accorde Miséricorde)

Abou ‘Îsâ Muhammad ibn ‘Îsâ ibn Sawra ibn Chaddâd en 781AJc, auteur d’un des six recueils canoniques de Hadîth intitulé As-Sahih « l’authentique ».

Il prit le nom de At-Tirmidhî de sa ville natale Tirmidh localité située prés d’Amou Darya a une vingtaine de kilomètres de Balkh, d’après kitab Nouzhat al-Qouloûb « livre : le bonheur des cœurs »

On connaît très peu de chose sur sa vie. Il y a une version qui dit, que At-Tirmidhî est né aveugle, et la seconde veut qu’il perdit la vue étant jeune. Dans les deux cas, At-Tirmidhî était aveugle. Ce qui ne l’empêcha pas de beaucoup voyager à la recherche de hadîth, au Khurâsân, en Irak. et au Hijâz afin de collecter les Hadîth.

Son principal maître était l ‘imâm Ahmad Ibn Hanbal. Parmi ses autres professeurs, on pouvait citer aussi : Al-Boukhârî, Aboû Dâwoûd et As-Sijistânî. Il y a que deux de ses ouvrages qui furent édités : Sa collection de Hadîth (Caire 1292) ainsi que ses Chamâ’il (concernant la personne et le caractère du Prophète (Paix et Bénédiction de Dieu sur lui)) (Caire 1306)

Sa collection de tradition porta le titre de Sahîh comme ses prédécesseurs Al-Boukhârî et Mouslim, dans l’édition du Caire ; par ailleurs il est intitulé Al Jâmi‘ « l’ensemble » ; la dernière appellation est plus adéquate, elle comprend en dehors des traditions quelques propos concernant Al-fiqh « la jurisprudence » ainsi que d’autres sujets. Un regard attentif sur la liste des chapitres, montre que la moitié de son œuvre est consacré aux sujets tel que la théologie dogmatique, les croyances populaires, dévotion, coutume et éducation.
La conclusion du Sahîh At-Tirmidhî est particulièrement importante. La section finale du texte Manakib dans laquelle il conclut par une idée de base pouvant concerner un concept juridique ou éthique spécifique, ou refléter une controverse en cours sur tel ou tel point du rituel islamique.
Cependant le travail de At-Tirmidhî s’est individualisé, par deux signes distinctifs : la réflexion critique à propos de l’isnâd « la chaîne de transmission » et des point différent entre le Madhab « l’école juridique » qui suit chaque tradition.

A cause de la dernier caractéristique, le Jâmi‘ d’At-Tirmidhî peut être considérée comme étant le plus ancien ouvrage ou les remarques sur l’Ikhtilaf « le désaccord » qui nous sont parvenus dans kitâb Al-Oumm « le Livre d’origine », de l’imâm Ach-Châfi‘î. l’œuvre nous montre avec une énumération des autorités, qu’il a donné jusqu’au dernier rédacteur, qu’il clôture par une brève formule.

Il mourut en 851 AJc, Que Dieu lui fasse miséricorde et le récompense pour son œuvre en faveur du Hadîth de l’Imâm de la Oumma (Paix et bénédiction de Dieu sur lui).


Cheykh Abd Al Fattah Aboû Ghoudda (Que Dieu lui accorde miséricorde)

Cheykh Abû Ghuddah est un célèbre savant musulman du 20e siècle, spécialisé dans les sciences du Hadîth et la jurisprudence islamique.

Cheykh `Abd Al-Fattâh Ibn Muhammad Ibn Bachîr Ibn Hasan Abû Ghuddah naquit à Alep, au nord de la Syrie, en 1917. Son père, connu pour sa piété et son attachement à l’Islam, travaillait dans le textile, un commerce qu’il a hérité de son propre père Bachîr, l’un des plus grands commerçants de textiles en Syrie. L’arbre généalogique de Cheykh `Abd Al-Fattâh remonte à Khâlid Ibn Al-Walîd, un noble Compagnon du Prophète - paix et bénédictions sur lui.

Il étudia d’abord à l’Institut Islamique Arabe d’Alep, puis à la Madrasa Khasrawiyya, connue aujourd’hui sous le nom de L’École Secondaire de la Charî`a. Il obtint son diplôme en 1942 et poursuivit ses études à Al-Azhar, au Caire. Il y étudia la Charî`a entre 1944 et 1948, puis la psychologie et les principes de la pédagogie, à la Faculté de la Langue Arabe. Il obtint son diplôme d’Al-Azhar en 1950.
Il se forma auprès de savants de renommée en Syrie et en Égypte.

En Syrie : L’érudit d’Alep, Cheykh Râghib At-Tabâkh, Cheykh Ahmad Az-Zarqâ, Cheykh `Îsâ Al-Bayanûnî, Cheykh Muhammad Al-Hakîm, Cheykh Asad `Abjî, Cheykh Ahmad Al-Kurdî, Cheykh Najîb Sirâj Ad-Dîn et Cheykh Mustafa Az-Zarqâ.
En Égypte : Cheykh Muhammad Al-Khidr Husayn, Cheykh `Abd Al-Majîd Daraz, Cheykh `Abd Al-Halîm Mahmûd, Cheykh Mahmûd Shaltût

Au terme de ses études en Égypte, il retourna en 1951 dans sa terre natale. Il fut honoré par le prix du meilleur professeur de l’Education Islamique. Pendant onze ans, il enseigna à Alep diverses sciences islamiques, écrivit des ouvrages et dispensa des cours à la Madrasa Cha`bâniyya, qui forme des juristes et des prédicateurs. Il partit ensuite à la Faculté de la Charî`a à l’Université de Damas. Il y enseigna pendant trois ans les fondements de la jurisprudence, la jurisprudence hanafite, et l’étude comparative des écoles de jurisprudence.

Cheykh `Abd Al-Fattâh se distingua par un noble caractère, un savoir abondant et une intelligence affûtée.
Il fit preuve de grande perspicacité en pénétrant les problèmes qui occupent les musulmans. Courtois et aimable dans ses propos, il toucha le cœur de ceux qui le connurent. Calme et posé, il était difficile de le provoquer.
Bien qu’il vécut et enseigna dans un environnement hostile à certaines positions de Cheykh Ibn Taymiyya (en Syrie), malgré son amour pour Cheykh Al-Kawtharî - une figure très critique à l’égard de Cheykh Ibn Taymiyya -, Cheykh `Abd Al-Fattâh adopta une position modérée et posée vis-à-vis de lui. Il en fit de même avec le disciple d’Ibn Taymiyya, l’Imâm Ibn Al-Qayyim.

Parmi ses nombreux ouvrages, citons :

-Mas’alat Khalq Al-Qur’an wa Atharuhâ fî Sufûf Ar-Ruwât wa Al-Muhaddithîn wa Kutub al-Jarh wa al-Ta`dîl. La question de la création du Coran et son influence sur les narrateurs et les savants du hadîth ainsi que sur les ouvrages d’examen critique des transmetteurs.

-Safahât min Sabr al-`Ulamâ’ wa Chada’id Al-`Ilm wa Tahsîlih. Pages sur l’endurance des savants et les difficultés d’acquisition du savoir.

-Al-`Ulama’ Al-`Uzzâb Al-Ladhîna Atharû Al-`Ilma `alâ Az-Zawâj. Les savants célibataires qui ont préféré la Science au mariage.

-Qîmat Az-Zamân `ind al-`ulamâ’. La valeur du temps pour les savants.

-Lamahât fî Târîkh As-Sunnah wa `Ulûm Al-Hadîth. Aperçu de l’histoire de la Sunnah et des sciences du Hadîth.

-Tarâjimu Sittatin min Fuqahâ’ Al-`Alam Al-Islâmî fî Al-Qarn Ar-Râbi`a `Ashar. Biographies de six juristes du monde islamique au 14e siècle (A.H.).

-Tartîb Takhrîj Ahâdith Al-Ihyâ’ li Al-Hâfidh Al-`Irâqî. La classification de la documentation d’Al-`Irâqî sur les hadîths cités dans la Revivification (d’Al-Ghazâlî).

-Al-Jam` wa At-Tartîb li Ahâdîth Târîkh Al-Khatîb. Compilation et classification des narrations citées dans l’« Histoire » d’Al-Khatîb [Al-Baghdâdî]

-Sunan An-Nasâ’i.

-Umarâ’ Al-Mu’minîn fi Al-Hadîth. Les commandants des croyants dans le Hadîth.
-Safahatun Mushriqa min Târîkh Samâ` Al-Hadîth `inda al-Muhaddithîn. Pages radieuses de l’histoire de l’écoute du Hadîth parmi les savants du hadîth.

-Al-Isnâd min Ad-Dîn. Établir une chaîne de narration fait partie de la religion.

-Tahqîq Ismay As-Sahîhayn wa Ism Jâmi` At-Tirmidhî. La vérification des titres Sahîh d’Al-Bukharî et Muslim et le titre Jâmi` At-Tirmidhî.

-Manhaj As-Salaf fî As-Su’âli `an Al-`Ilm wa fî Ta`allum ma Yaqa`u wa mâ lam Yaqa`. La méthode des pieux prédécesseurs dans l’interrogation au sujet de la science et l’apprentissage de ce qui pourrait se produire et ce qui ne s’est pas produit.

-Min Adab Al-Islâm. Bonnes manières en Islam.

-Kashf Al-Iltibâs `ammâ Awradahu Al-Imâm Al-Bukharî `alâ ba`d An-Nâs. Clarification des jugements de l’Imâm Al-Bukhâri au sujet de certaines personnes.

-Akhtâ’ Ad-Doctor Taqiy Ad-Dîn An-Nadwi fi Tahqîq Kitâb Zafar al-Amânî li Al-Lucknowî. Les erreurs de Dr. Taqiy Ad-Dîn An-Nadwî dans son analyse du livre « le triomphe des aspirations » de Al-Lucknowî.

-Ar-Rasûl Al-Mu`allim wa Asâlîbuhu fi At-Ta`lîm. Le prophète-enseignant et ses méthodes d’enseignement.

-Namâdhij min Rasâ’il A’immat As-Salaf wa Adabihim Al-`Ilmî wa Akhbârihim fi Adab Al-Khilâf. Extraits des traités des Imâms parmi les prédécesseurs et leurs bonnes manières de savants et leur courtoisie dans le désaccord.

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